Agota Kristof

Editions Zoé, 2004, 57 p., 11 €

Cercle littéraire médiathèque

 

analphabète

4e de couv. :

Onze chapitres pour onze moments de sa vie, de la petite fille qui dévore les livres en Hongrie à l’écriture des premiers romans en français. L’enfance heureuse, la pauvreté après la guerre, les années de solitude en internat, la mort de Staline, la langue maternelle et les langues ennemies que sont l’allemand et le russe, la fuite en Autriche et l’arrivée à Lausanne, avec son bébé.

Ces histoires ne sont pas tristes, mais cocasses. Phrases courtes, mot juste, lucidité carrée, humour, le monde d’Agota Kristof est bien là, dans son récit de vie comme dans ses romans.

 

Autrice :

1935 (Hongrie) -2011 (Suisse). Ecrivaine poétesse, romancière et dramaturge suisse.

Deux films ont été tirés de ses romans dont « Le grand cahier ».

Elle est arrivée en 1956 à l’âge de 21 ans en Suisse suite à la révolution des conseils ouvriers de 1956 écrasée par l’armée soviétique.

Elle écrivait en hongrois avant de passer à la langue française, elle a reçu plusieurs prix.

Anecdote de lectrice :

J’ai découvert le nom d’Agota Kristof dans les années 90 et ce fut un choc littéraire car ses écrits entraient en résonnance avec ma vie. Je n’ai pas lu la trilogie : Le grand cahier/ La preuve/ Le troisième mensonge dans l’ordre mais au fur et à mesure qu’ils ont croisé mon chemin. « L’Analphabète » j’ai découvert ce titre sur la plateforme Libfly (aujourd’hui disparue) qui nous faisait découvrir la maison d'édition indépendante suisse Zoé. Il aura fallu attendre que la Comédie du Livre 2019 se consacre à la littérature suisse et que l’éditrice  Caroline Coutau vienne nous parler de sa maison d’éditions Zoé. Ma collègue m’a offert se livre avant que je l’achète !

Ma Chronique :

Dans ce récit autobiographique, j’ai retrouvé Agota Kristof, son style et ses thèmes fondateurs. Par cette brève biographie, elle confirme ce que l’on ressent dans ses romans. Ces phrases ont une musicalité bien à elle. Elle va à l’essentiel comme si ces mots lui étaient comptés, sans pour autant avoir des phrases trop courtes, elle explique sa façon d’écrire par son impression de ne pas maîtriser la langue française, ce qui ne se remarque nullement.

Dès le titre, on se doute qu'elle n'y va pas par quatre chemins, ni en douceur, elle est directe, "l'analphabète" est un mot fort qui tombe comme un couperet elle n’emploi pas de formule poétique, alors qu'elle écrit de la poésie depuis sa plus tendre enfance.

Elle nous raconte son enfance, sa famille, sa jeunesse, son arrivée en Suisse, le passé laissé dernière elle. Elle nous raconte son apprentissage et appropriation de la langue française qui s’est imposée à elle, de la douleur d’abandonner sa langue maternelle comme si elle avait coupé un cordon ombilical pour renaître, elle vivra avec cette blessure interne.

Les frontières physiques et celles de la langue, les barrières mentales. Dichotomie entre l’intérieur et l’extérieur.

Le thème de l’exil avec Agota Kristof n’est pas une période transitoire, elle a vraiment coupé les ponts, elle ne parle pas de retour. Elle n'est pas tendre avec les régimes politiques qui l'on conduite en Suisse. Il y a comme un travelling entre le général et le particulier.

Ce récit autobiographique et ce qu’elle y raconte a malheureusement encore des résonances aujourd’hui. Quitter son pays d’origine pour raisons politique sans vraiment choisir son pays d’accueil, perdre ses repères, sa langue, sa culture, sa famille. C’est une femme de volonté elle a tout réappris et reconstruit en arrivant en Suisse.

Elle gardera une souffrance viscérale toute sa vie du moins c’est du moins ainsi qu’on le ressent dans ses romans. Je n’ai pas lu ses pièces de théâtre, ni ces poèmes.

Elle est décédée, mais il me reste encore des romans à découvrir…

Et vous connaissez-vous cette écrivaine ?