Carole Trébor

Editions Syros,  4 janvier 2018, 415 p., 17,95 €

Mes lectures Syros

libérez ours

4e de couv. :

Il vous est sûrement arrivé, à vous aussi, d'être porté par une passion. Alors, il n'y a qu'une chose à faire... Libérer l'ours en vous !

Mon billet

J’ai été attirée par ce roman  dans un premier temps pour le titre et l’autrice dont j’avais aimé l’écriture de « Jules »,  puis pour le sujet traité la confiance en soi.  La confiance à soi n’est pas inné, c’est plutôt le résultat de plusieurs facteurs. Il y a le caractère, il y a ceux qui savent qu’ils peuvent aller loin et qui se fixent des objectifs. Mais la plupart des gens c’est l’influence du groupe  (famille, société…) il est nécessaire que les autres vous renvoient une bonne image de vous et que vous puissiez compter sur eux, besoin d’amour.

On découvre une bande d’ados de première qui se connaissent depuis plusieurs années, ils ont choisi la filière littéraire qui est plutôt dénigrée de nos jours. On va en voir se débattre dans des problèmes familiaux. Les relations parents/ados ne sont pas toujours évidentes surtout si les enfants ont l’impression de suppléer aux parents dans les relations aux jeunes frères et sœurs. Nous avons donc beaucoup de conflits plus ou moins intérieurs.

Les émotions sont à fleur de peau chez ces enfants à la sensibilité exacerbée et tout est prétexte à faire tout exploser dans faire de détails.

Ce que j’ai aimé c’est le mélange des types d’écriture : narration, mails, sms, articles de journaux, paroles de chansons et  pièce de théâtre. Cela reflète bien la vie des ados qui font un peu de tout et tout en même temps.

Je ne vais pas vous dévoiler ce qui concerne les rôles que chaque personnage va camper. Je dirais simplement qu’il y a une portée symbolique dans ce que vivent les personnages intérieurement. Pour certains c’est le prolongement de ce qu’ils vivent, pour d’autres c’est prendre la place de l’autre changer de point de vue.

Prenez Christophe par exemple de simple surveillant et élève au conservatoire, on va lui demander de passer de l’autre côté de la barrière devenir le metteur en scène et écouter les adolescents pour en faire sortir le côté comédien. Et ainsi leur faire donner le meilleur d’eux même. Il ira jusqu’à devenir l’éclairagiste : celui qui met en lumière !

Avec la prof malade on a une sorte de mise à distance,  Patricia croit jouer le rôle du marionnettiste  qui tire les ficelles pour que l’aventure théâtrale ne se termine pas et aussi garder un peu de contrôle sur sa vie pour que la maladie ne prenne pas le dessus et finalement  c’est elle qui sera manipulée. De plus les figures maternelles semblent vraiment se retrouver en arrière plan voire absentes.

J’ai aimé le côté apaisant de certains adultes. Ils sont là pour donner la parole aux jeunes afin de révéler ce qu’ils ont au fond du cœur… chacun à la fin saura quel avenir leur correspond.

J’ai beaucoup aimé comment la pièce de théâtre nous est dévoilée. Nous avons l’entrée assez théâtrale du texte par le compagnon de Patricia Valente la créatrice du texte.

Nous avons :

Vladimir lui a investi le texte avec ses compositions musicales.

Puis on a Kolia qui va lire la pièce seul en faisant tous les rôles. Avec Kolia on est dans l’intimité et l’intériorité.

Lisa va commencer par faire une lecture à sa petite sœur avec déjà une gestuelle qui lui vient spontanément. Avec Lisa on est dans l’exhibition et l’extériorité.

Ensuite il y a la lecture sur scène avec le metteur en scène, ce sont les premiers pas pour trouver pour quels rôles ils sont faits.

Puis viens la mise en place en groupe (parc) puis chacun va prendre possession de sont rôle

Pour finalement terminer devant le public et l’autrice.

Toutes étapes, et d’autres que je vous laisse découvrir, sont porteuses d’émotions et de réactions plus ou moins volontaires.

C’est très stimulant ses effets de groupe on  ne parle pas de culture. Le texte n’est pas sacralisé puisque d’habitude la prof adapte les textes classiques  pour en donner une version moderne et quelque peu subversive.  Le théâtre apparaît comme un acte « politique » et cela est renforcé par le choix que Patricia à fait : « les Justes » de Marcel Camus. Pièce que je ne connaissais pas et dont j’ai apprécié les digressions qui nous la font découvrir. Je suis curieuse de savoir combien de lecteurs de  ce roman se précipiteront pour lire la pièce de Camus !

La pièce de théâtre vient s’immiscer dans la vie de chacun. On va les voir se débattre avec leur quotidien. Les relations aux autres sont plus complexe qu’on pourrait le croire, les confrontations des points de vue, l’évolution des sentiments etc, tout cela crée une tension dramatique. Je pense notamment à ce qui arrive à Irina.

Dans l’idée d’inversion des rôles on va avoir ces élèves qui vont tout faire pour faire croire des choses à leur prof absente. On ne parle pas de mensonge. C’est comme s’ils avaient travestis la vérité. Le mari participe, il est même l’instigateur de cette supercherie. On a tous les effets théâtraux qui vont prendre possession de la vie réelle des participants. Ils vont jouer plusieurs rôles avec ce qui engendre de drôle de situations, cela permet aussi de réfléchir sur le rôle que l’on joue en société. Il ya aussi une dimension politique dans les sujets abordés et sur les prises de position de chacun.

Je vous laisse découvrir le côté « quête de la vérité et du passé » autre sujet important de ce roman. Nouvelles rencontres ou retrouvailles et redécouvertes.

Il y a un côté « cercle des poètes disparus » sauf que l’adulte s’est effacé au profit des jeunes  acteurs.

Cette rentrée d’hiver chez les Editions Syros ont un côté engagé et contemporain avec encore le thème de l’étranger, de l’autre. Il faut dire qu’actuellement nous vivons des situations particulières  avec l’accueil des migrants qui créent des positionnements pas toujours évidents à appréhender ni pour les adultes ni pour les ados…

Je remercie les Editions Syros pour leur confiance.

syros

 

(carte en construction)

kokeshi coup de coeur

 

jules composé

RL 2017