Delphine de Vigan

Editions JC Lattès, 2019 , 173 p., 17 €

Dans ma médiathèque il y a…

gratitudes

4e de couv. :

«  Je suis orthophoniste. Je travaille avec les mots et avec le silence. Les non-dits. Je travaille avec la honte, le secret, les regrets. Je travaille avec l’absence, les souvenirs disparus, et ceux qui ressurgissent, au détour d’un prénom, d’une image, d’un mot. Je travaille avec les douleurs d’hier et celles d’aujourd’hui. Les confidences. 
Et la peur de mourir.  
Cela fait partie de mon métier.
Mais ce qui continue de m’étonner, ce qui me sidère même, ce qui encore aujourd’hui, après plus de dix ans de pratique, me coupe parfois littéralement le souffle, c’est la pérennité des douleurs d’enfance. Une empreinte ardente, incandescente, malgré les années. Qui ne s’efface pas.  »

 
Michka est en train de perdre peu à peu l’usage de la parole. Autour d’elles, deux personnes se retrouvent  : Marie, une jeune femme dont elle est très proche, et Jérôme, l’orthophoniste chargé  de la suivre.

Ma chronique :

J’ai eu le plaisir de retrouver l’univers de Delphine de Vigan.

Les relations humaines avec le besoin d’aider l’autre. Donner et recevoir.

La maladie cette fois-ci c’est Alzheimer.  Les mots sont au cœur de ce roman ceux qu’on dit et ceux qu’on tait.

Le texte se divise entre plusieurs « je » bien identifié en début de chapitre. Celui de « Marie » l’amie de Michka et « Jérôme » l’orthophoniste de Michka.

Comme le titre l’indique il s’agit de « gratitudes », dire merci aux gens pendant qu’ils sont vivants. Leur dire « je t’aime » et leur dire la place importante dans leur chemin de vie, d'avoir été là au moment crucial.  La mort plane non loin…

On va découvrir à travers les discussions que Marie ou Jérôme ont eux aussi des failles et des blessures.

On retrouve l’idée de la gamine qui voit son enfance volée par ses parents. Heureusement Michka a été là pour l’épauler. Comme elle-même avait été aidée enfant pendant la deuxième guerre mondiale. Il y a l’idée de donner aux autres ce qu’on a reçu.

J’aime beaucoup les personnages comme Michka qui savent se faire aimer et ne pas être aigris par leur passé.

Elle est très touchante avec les mots qui s’échappent, on la voit souffrir de « perdre ses mots ». Delphine de Vigan a su glisser suffisamment de mots à la place d’un autre pour qu’on soit dans le thème sans pour autant rendre la lecture difficile. Delphine de Vigan une nouvelle fois a su jouer avec les mots. Pudique est l’adjectif qui me vient à l’esprit lorsqu’elle nous dévoile ces êtres dans leur intimité.

Un roman bref et intense avec une grande place aux dialogues. J’aime beaucoup la couverture de la jaquette. Le coquelicot signifie dans le langage des fleurs : « D’une part, il est le symbole du repos, de la quiétude et de la consolation. Il calme les chagrins et favorise l’oubli. » mais aussi « la fertilité »

Ce roman confirme que j’aime toujours la façon  dont Delphine de Vigan a de raconter des vies simples en montrant leurs singularités.