Pierre Autin-Grenier

Editions de la Table Ronde, La Petite Vermillon, 19 sept 2019, 112 p., 6,10 €

 

Mes Lectures de la Table Ronde

En librairie le 19 septembre 2019

 

friterie

4e de couv. :

«Maintenant écoutez-moi, voici une vérité dont je puis vous assurer pour l’avoir de longtemps éprouvée : on ne voyage bien en fait qu’au café, en compagnie d’un panaché, d’une verte, d’un Cinzano ou d’un petit noir arrosé si vous préférez ; un modeste reginglard de charbonnier ferait d’ailleurs tout aussi bien l’affaire. Table de bois, pichet auquel se réfère la main même si l’on n’a pas soif, chaleur enveloppante de la discrète musique du zinc souvent en sourdine sur le coup des neuf heures du matin, froissement des pages du journal que susurre un vieux de la vieille tout en lisant tandis qu’à ses côtés et l’air réfléchi un autre bourre avec application sa pipe à gros fourneau d’un paquet de gris.»

 

Ma chronique :

Je ne connaissais pas cet auteur jusqu’à ce qu’on me propose de découvrir deux de ces ouvrages. Les formes courtes on un certain attrait. En peu de pages on a une histoire qui nous transporte aussi loin qu’un roman et nous laisse pensif.

Pierre Autin-Grenier (Lyon 1947-2014) Auteur de proses poétiques, de récits et de nouvelles.

Lorsque j’ai débuté la lecture de « Friterie-Bar Brunetti » j’ai eu la voix de Patrice Delbourg lorsqu’il parle de certains auteurs français qui ont un univers qui tourne autour des « petites gens » et des « troquets ». Je ne crois qu’il l’ai fait avec Autin-Grenier, c’est juste une sensation. Si vous ne connaissez pas les envolées lyriques de Patrice Delbourg cet amateur de bons mots vous ne comprendrez pas cette digression de lectrice. Bien sûr je suis incapable de vous parler à la manière de…

Longtemps, j’ai été intéressée par « la vie » des lieux clos dans la littérature. Comment des murs, des lieux d’habitation, de travail, des lieux de vie devenaient des personnages de romans. Alors vous pouvez aisément imaginer que voir vivre ce bar-friterie avec pour respiration les va et vient des habitués qui sont comme le cœur battant de cet endroit ont été bien agréables.

Pierre Autin-grenier dit : « Brunetti, voyez-vous, c’est un de ces bistrots qui parvient quand même à faire tenir debout ensemble un certain nombre de vies ». Vous voyez l’auteur le nomme comme une personne. Il ne nous dit pas que c’est le patron Brunetti qui accueille les cabossés de la vie, non Brunetti ce sont c’est cette salle. Un lieu clos où viennent trouver refuge et réconfort des sans famille.

Ici point de liquide amniotique, C’est Kir, Birrh, Cinzano et autres boissons anisées ou alcoolisées. En lisant cela évoque un autre temps, puisqu’il a choisi les années 60, un temps ou les enfants buvaient des pssicht citron lorsque toute la famille venait se rafraîchir.

Pierre Autin-Grenier s’attache surtout aux habitués et leur vie, leurs liens qui se tissent pour qu’on ai l’impression d’une famille qui protège les siens et fait barrière contre l’extérieur.

J’ai été emportée par la langue. Poétique, imagée, aux sonorités d’un amoureux des mots. Tantôt évoquant le monde des troquets (dont on a tous les synonymes), tantôt celui de la cuisine et de ces mets qui font saliver, les variantes de l’amour, la rêverie,  l’alcool (ex : Vin = « cent tournées de mâcon, d’aligoté, de brouilly, de fleury » p.41)

Il y a des tournures de phrases qui nous renvoient à d’autres temps. Ex : « de confiance », « s’épancher », ce piquant même de jargouiner l’anglais) etc.

L’extérieur s’invite à travers les habitués qui font l’âme de ce café. Par exemple : Madame Loulou qui donne de l’amour, Domi le cantonnier, ces deux connaisseurs des pavés lyonnais près de la place du Pont. Domi qui : « deux coups de balai un coup de rouge vite fait bien fait et une portion de frites sur le pouce avalée, le voilà regonflé qui repart l’automne à la feuille morte, l’hiver à gadoue, à pas grand-chose l’été » (p.45).

L’auteur aussi fait partie de la narration puisqu’il explique pourquoi il a écrit ce texte et pourquoi il a choisi ce bistrot plutôt qu’un autre. Il nous fait part de sa vision de cette période et du temps qui passe.

Un texte évocateur de temps révolus qui fleurent bon le souvenir.

Je remercie les Editions de la Table Ronde de leur confiance et à bientôt pour mon avis de « Je ne suis pas un héros » du même auteur.

 

table ronde

petite vermillon R

 

Bientôt sur ce blog chronique de :

je ne suis pas un héros