Curzio Malaparte

Trad et edition de Stéphanie Laporte

Editions de la Table Ronde, fév. 2019, 327 p., 23,70 €

Mes lectures de la Table Ronde

journal secret

4e de cou. :

Jusqu'en juillet 1943, Malaparte est correspondant et photographe de guerre, chargé de suivre l'avancée de la Wehrmacht pour le compte du Corriere della Sera. Il tient son journal durant ses reportages en Allemagne, en Pologne, en Finlande et jusqu'en Laponie et en Suède, puis le reprend à son retour en Italie, dans sa villa de Capri, tout juste achevée, où il se consacre à l'écriture de son «cruel voyage à travers la guerre» , Kaputt. Mais le Journal secret est aussi un journal intime. Derrière le découpage obsessionnel de chaque journée en heures et en menus détails, le chagrin causé par la mort soudaine de son chien Febo, son désir naissant pour Damaris, sa passion tourmentée pour Loula, ses colères contre les choix politiques de ses contemporains, jettent une lumière directe et immédiate sur un écrivain peu enclin à l'effusion de ses propres sentiments.

Ma chronique :

Vous voyez « journal » et vous vous dites que j’affectionne ce genre littéraire et que j’ai eu envie de lire cet ouvrage n’est sa sortie. Eh bien non pas du tout… je vous raconte…

Il faut savoir que cette période de l'histoire ne m'attire pas beaucoup. Il y a un an j’ai lu «Journal d’un étranger  Paris » de Curzio Malaparte et je suis ressortie de cette lecture assez décontenancée. Comme vous pourrez le voir dans ma chronique il y a beaucoup de points positifs du point de vue littéraire et culturel mais la personne en elle-même m’a semblé trop amère. J’avais assouvie ma curiosité littéraire. Alors quand on m’a proposé ce « journal secret » je ne me sentais pas de lire et chroniquer à nouveau un journal de Curzio Malaparte. Puis je rencontrais un spécialiste de Malaparte qui est venu faire une conférence sur le cahier de l’Herne qui lui était consacré. Je vois ce journal secret dans les ouvrages de référence. Je raconte donc à ce spécialiste mes réticences, bien sûr lui avait adoré les deux ouvrages… Il commence à m’expliquer les différences entre les deux et l’intérêt de ce deuxième journal… Je me suis donc laissé convaincre…

Effectivement ce « journal secret » est une mine d’information sur une période de l’histoire et sur le travail littéraire. Il n’a pas la même forme que « journal d’un étranger à Paris ». Il faut être spécialiste de l’œuvre de Malaparte pour voir à partir des notes prises à cette époque le résultat dans les romans à suivre, dont « Kaput ». Les réflexions sur les titres, le contenu envisagé, les traductions de phrases ou de citations etc…

Ce qui est très intéressant pour une néophyte comme moi c’est de voir ça façon de noter les événements et rencontres auxquelles il assiste. Je ne connaissais pas la plupart des personnes citées, heureusement il y a des notes.

Il y a quelque chose de fabuleux c’est qu’on lit au jour le jour son journal pendant son voyage en Finlande et à la fin du volume on peut lire l’article qui paraît. C’est fabuleux de voir les origines (pp.70+ et 279+). C’est ce qui est passionnant dans le travail de recherche en littérature. On peut mettre en parallèle les deux.

Vous allez me dire que l’auteur a pu retravailler ses souvenirs, que nenni, cet ouvrage a été crée après sa mort à partir de ces carnets qui n’étaient pas prévus pour être publiés et articles dans la presse. C’est d’ailleurs un aspect fascinant de cette aventure. L’acquisition des droits, l’accès aux carnets originaux, la petite histoire de l’héritage intellectuel, la composition de l’ouvrage pour mettre en valeur tel ou tel aspect de l’œuvre de l’auteur.

On trouve dans ce volume aussi une préface, une chronologie, des notes sur le texte, des fragments et des lettres. C’est un ouvrage très travaillé.

Il y a quelques photos des carnets, les croquis, les ratures sont reproduites, les notes en marge, c’est une richesse pour ceux qui aiment le travail d’écriture. Je vous conseille fortement de lire la préface qui apporte un éclairage à l’ouvrage.

Dans la partie journal de cette période trouble de l’histoire, il n’y a pas de filtre alors parfois on est surpris, on ne sait pas comment prendre certaines réactions. Il y a des réflexions lors des discussions qu’il faut remettre dans leur contexte historique, car elles peuvent choquer (en tout cas moi cela m’a choqué). Les personnes influentes et en poste ne font pas dans la dentelle, ils parlent de fusillades et autres exactions qui leur semblent banales. Curzio Malaparte reste un auteur assez controversé.

On va donc le suivre en Pologne, Finlande, Laponie, Suède et Capri… les lieux sont bien identifiés et les dates aussi, c’est qui fait l’intérêt d’un journal. J’ai adoré ces notes sur les nouveaux mots qu’il découvre dont il donne les définitions.

Ma conclusion après cette lecture. J’ai bien fait de lire ce journal et effectivement il est très différent de « journal d’un étranger à Paris ». Je n’en ressors pas avec la même sensation. Cela reste un type d’ouvrage très particulier. Il peut intéresser les lecteurs de Curzio Malaparte, les amateurs de journaux intimes, les étudiants de littérature italienne et ceux qui s’intéresse à l’histoire de cette époque. Ou des passionnés d’écriture…

L’autre jour je vous parlais d’un recueil d’articles de Manuel Chaves Nogales (lu bien avant celui de Curzio Malaparte), sans comparaison entre ces deux ouvrages ni entre ces deux  reporters (ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit !), mais certaines réflexions sur le rôle du reporter m’ont aussi permis de lire autrement. Les lectures laissent des traces et modifient parfois votre approche.

Je remercie les éditions de la Table Ronde de leur confiance.

 

 

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