Jean-Christophe Tixier

Editions Albin Michel, fév. 2019, 327 p., 19,50 €

Prix Méditerranée Polar du premier roman 2019

9782226436726-j

4e de couv. :

1884, aux confins des Cévennes. Une maison d’éducation surveillée ferme ses portes et des adolescents décharnés quittent le lieu sous le regard des paysans qui furent leurs geôliers.

Quand, dix-sept ans plus tard, sur cette terre reculée et oubliée de tous, une succession d’événements étranges se produit, chacun se met d’abord à soupçonner son voisin. On s’accuse mutuellement du troupeau de chèvres décimé par la maladie, des meules de foin en feu, des morts qui bientôt s’égrènent… Jusqu’à cette rumeur, qui se répand comme une traînée de poudre : « ce sont les enfants qui reviennent. » Comme si le bâtiment tant redouté continuait de hanter les mémoires.

 

Ma Chronique :

Ce roman vient de recevoir le Prix Méditerranée Polar du premier roman… ce week end l’auteur sera au Barcarès pour recevoir ce prix… j’espère le voir…

De Jean-Christophe Tixier, je n’avais lu que la série jeunesse des « dix minutes » chez Syros (oui il a  écrit d’autres romans !). A chaque petit volume c’est un plaisir de se laisser entrainer par sa narration. Alors j’ai eu envie de découvrir sa facette auteur pour adulte, et c’est un choc... Le sujet est sombre à l’image de la couverture de ce roman et de ce titre qui sont vraiment un reflet de cette histoire.

Tout tourne autour de la « terre », pas celle qui tourne autour du soleil, elle tournerait même le dos au soleil écrasant qui ponctue cette histoire. Une terre qui façonne l’Homme. Une terre gorgée de misère et de sang. Les superstitions et les croyances à ce tournant de fin de siècle ont la main mise sur les consciences. On découvre les ravages de la misère et l’alcoolisme n’est pas la meilleure échappatoire.

Je ne connaissais pas ces bagnes pour enfant qui étaient de véritables couloirs de la mort, l’enfer sur terre. Une lecture en entrainant une autre… Cette histoire fait écho au roman « île aux enfants » d’Ariane Bois qui nous raconte une autre exploitation des enfants en milieu rural plus de 70 ans après.

Jean-Christophe Tixier nous entraîne dans un enchaînement de vies et de morts. Dès la naissance, certains êtres sont voués à souffrir, à payer les fautes des parents.

La terre nourri et la terre reprend, le fameux tu es poussière et tu redeviendras poussière ! Mais même pour être enterré il y a des différences, tous ne sont pas acceptés au même endroit. On sent les tensions entre l’obscurantisme religieux et la nouvelle pensée qui conduira à la séparation de l'église et de l'état.

Jean-Christophe nous dépeint les personnages clés de ces villages. Le curé, le docteur et l’instituteur… Ici il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. Leur âme à l’air comme souillé par leurs actions et c’est comme si ce bagne avait répandu son malheur autour du village. On découvre que certains ont su et savent tirer profit du malheur des autres. Tout semble perverti, corrompu. Parfois il y a des consciences qui ne laissent pas tranquille.

Les propriétaires terriens ne sont pas mieux lotis, l’avidité, la cupidité et l’instinct animal font ressurgir la monstruosité ordinaire.

Ce n’est déjà pas très reluisant pour les hommes alors imaginez pour les femmes et les enfants !

Ce roman n’a rien de misérabiliste, il n’est pas fait pour faire pleurer dans les chaumières, il n’y a pas de pathos. C’est un roman noir qui montre les bas instincts de l’homme dans un environnement délétère où l’on vit en vase clôt.

Tout au long de la lecture on se demande : Que ressortira t-il de tout cela ? Est-ce qu’une fois que l’orage éclatera une petite lueur d’espoir apparaîtra ? Je vous laisse le découvrir.

Chaque chapitre à pour incipit un extrait de documents officiels (réels) informant de cas d’enfant condamné au bagne et à chaque fois la conclusion est un décès. Cela  donne un rythme avec une sentence qui tombe comme un couperet. Cela augmente la tension de ce qui se déroule au présent. Il y a comme un effet de miroir déformant. Les condamnations de ces enfants sont disproportionnés par rapport au délit, d’autant qu’on assiste à des scènes hautement plus condamnables  qui ne sont pas jugées.

Je remercie les Éditions Albin Michel pour l’envoi de ce magnifique roman.

albin michel

 

Qui en parle ?

Litote