Salvatore Basile

Folio, 21 mars 2019, 385 p., 7,90 €

Trad.  Anaïs Bouteille-Bokobza

Mes lectures Folio

petits miracles

4e de couv. :

Dans une petite gare italienne, Michele collectionne les objets trouvés. Depuis trente ans, le jeune gardien n’a jamais quitté ce lieu où, enfant, il a vu sa mère disparaître en emportant comme seul souvenir son journal intime. Un jour, Elena, une jeune femme à la vitalité exubérante, déboule dans sa vie comme un tourbillon et vient briser sa solitude. Mais la peur d’un nouvel abandon paralyse Michele. Jusqu’à ce qu’il découvre, coincé entre deux sièges d’un wagon, le journal intime de son enfance…
Petits miracles au bureau des objets trouvés raconte l’histoire de destins fêlés qui se croisent et reprennent ensemble goût à la vie.

 

Anecdote de lectrice :

Voici un livre que j’ai eu envie de lire depuis sa sortie chez Denoël, ça ne s’est pas fait… il était donc dans ma wish list. Il fut acheté par la médiathèque où je travaille… mais pas moyen de le lire il sort beaucoup… il aura donc fallu attendre sa sortie chez Folio pour que cette lecture se fasse !

Ma chronique :

C'est une histoire qui se déroule de nos jours mais où le passé n'a pas dit son dernier mot !

Parfois la vie ne tiens qu’à une rencontre, celle de la bonne personne qui vous donnera l’impulsion nécessaire pour vous projeter dans l’avenir. Ici tout part d’une poupée oublié dans un train et d’un cahier retrouvé dans ce même train.

J’avais imaginé une toute autre histoire en lisant le titre, celle-ci n’est pas pour me déplaire bien au contraire. Elle parle âmes pures, solitaires qui vont se croiser. Deux souffrances peuvent-elles s’annuler si on les conjugue ? Vous verrez bien !

C’est un roman qui joue avec le temps et l’espace en des va et vient comme les vagues de la mère toute proche ou comme le train qui ne fait que cette ligne ferroviaire avec ses arrêts réguliers.

La gare c’est le point fixe, le point d’ancrage, le port qu’il ne faut pas quitter au cas où la mère reviendrait.

Elena l’aide à faire les premiers pas pour ne plus être passif et dans l’attente, aller vers sa mère et aller vers les autres.

Ce roman montre de nombreux paradoxes, Michele voit beaucoup de gens depuis son quai de gare et pourtant il est seul. Sa maison c’est une île.

A l’approche de la trentaine Michele va vivre un voyage initiatique, il sera surtout bien guidé par les femmes à commencer par l’absente (dont la photo est un sésame), puis la dame du train… bien sûr il y a des hommes mais ils sont liés à un apprentissage par le négatif (beaucoup d’idées vénales et violence…).

Il a une formation de la vie réelle en accéléré, une expérience après l’autre, il encaisse les coups, il grandit dans sa tête et dans son corps sans avoir trop le temps de reprendre son souffle.

C’est un roman à la troisièmes personne on va donc suivre Miquele et Elena même séparés.

Il y a beaucoup de scènes touchantes car Miquele a un côté naïfs d’un enfant coincé dans un corps d’adulte, c’est dû au mode de vie qu’il s’est choisi pour se protéger, il n’a aucun problème mental. Elena c’est une autre histoire une autre souffrance et une autre façon de se protéger.

Le thème de l’abandon et ses conséquences, le traumatisme de celui qui reste, est omniprésent. Les objets viennent recréer cette bulle de sécurité.

Je ne voudrais pas trop vous en dévoiler, mais je voulais vous parler d’une scène qui a lieu vers le milieu du livre qui illustre bien l’utilisation des notions de temps et d’espace.

Miquele rentre dans un bar « le Blue Note » décor vieillot, bois et miroirs, et comptoir de bar moderne (acier). On entend la musique de Miles Davis qui plonge Miquele dans une intemporalité. Il boit sont thé et mange le paquet de biscuit qui a apporté comme un goûter d’enfant et les souvenirs reviennent (non ce n’est pas la madeleine de Proust). Tout à coup il s’éveille et il se projette dans l’avenir, il fait de nouveaux buts. La musique s’arrête et la réalité lui revient en pleine face. Il sort sa vieille photo et essai de faire le lien entre le passé et le présent en demandant aux gens s’ils connaissent cette femme. La réponse est négative. La serveuse va avoir un geste et lui offrir le thé comme pour compenser la douceur de la mère absente, on a une impression de bien-être. Il sort de ce bar comme d’une bulle et la réalité le rattrape…Dans cette scène la musique ici vient se superposer à la musique du train sur les rails, un rythme différent.

La notion de temps avec l’image des rails est très intéressante puisque le train fait des allers-retours sans s’écarter de la ligne de temps. Ce n’est qu’en sortant de la gare qu’il va prendre des chemins de traverse et modifier sont rapport au temps et que les souvenirs affluent plus nombreux et qu’il envisage un autre avenir que celui de la régularité.

Les rails représentent l’horizontalité, Miquele le remarque lui-même ils a toujours vécu près du sol, en allant en ville il va découvrir la verticalité (chambre d’hôtel au troisième p. 176) la hauteur lui donne un sentiment de vertige avec l’idée de précipice. Est-ce que cela va lui tourner la tête et lui faire voir la vie d’une manière plus hautaine ?

Les relations entre Elena et Miquele vont évoluer au fur et à mesure que Miquele fait de nouvelles expériences. Il y a des déchirements qui se produisent, chacun va vivre son amour à sa façon.

Je vous laisse découvrir ces histoires que j’ai eu grand plaisir à lire, oui je le dis au pluriel car on la quête de Miquele va donnée lieu à un besoin de partager sa propre histoire aux gens…

Vous allez voir ce qu'il trouvera au bout du chemin et ce qu'il retirera de cette expérience qui va changer sa vie et qui bouleversera celles de beaucoup d'autres personnes.

Je remercie Folio pour leur confiance.

folio bleu