Maria Rosaria Valentini

Trad. : Lise Caillat

Éditions Denoël, août 2018, 310 p., 21 €

Mes lectures Denoël

magnifica

Ma chronique :

J’ai succombé au charme de ce livre dès que j’ai vu la couverture, " l'esprit de la rose" de John Waterhouse... le risque était que l’histoire ne suive pas… J’ai été surprise par la façon dont cette l’autrice a choisi de développer cette histoire. Positivement surprise car j’étais partie sur une belle histoire d’amour où Magnifica aurait eu toute la place, et ce fut une autre expérience littéraire.

Dans un premier temps mon esprit s’est concentré sur l’image des papillons qui  sont très présents dans la vie d’Ada Maria. Je voyais la chenille qui se transforme en magnifique papillon qui déploie ses ailes pour s’envoler et fini par concevoir  sa chrysalide si rien ne l’arrête en cours de route. Le côté butinage est aussi présent avec celle qui a des amants. Puis d’autres  images ont émergé.

Magnifica va devenir l’élément central de l’histoire qu’assez tardivement. Comme pour mieux nous montrer sa place particulière, on a toute la genèse avant la conception. Avant même l’enfant rêvé nous avons la conjugaison de plusieurs vies.

Ce sont les histoires de personnes qui n’ont pas suivi le chemin qu’on leur avait tracé. Ils ont fait des choix sans tenir compte du qu’en dira t on. On est dans un petit village des Abruzzes quelques  années après-guerre. Eufrasia a choisi de fuir la vie.  Aniceto a préféré choisir les bras d’une autre femme. Ada Maria dans un premier temps se retrouve à jouer le rôle de mère de substitution et maîtresse de maison, mais la vie et l’amour ont eu le dessus.

Des vies vont se retrouver imbriquées les unes aux autres, naturellement. Il y a une grande logique dans l’enchaînement des circonstances et de liens qui vont se tisser.

Dans ce roman on retrouve l’image de la roue de la vie. De la naissance à la mort, dans ce cycle chaque personnage joue un rôle. Dans un premier temps on a surtout l’image de la mort.  Petrino bébé souffreteux à l’image du couple au moment de la conception. Aniceto qui empaille les animaux, suivit d’Ada Maria qui collectionne les papillons, Eufrasia qui se laisse mourir, Petrino qui va se consacrer aux morts, les échos de la seconde guerre mondiale même des années après.

On dirait qu’à l’époque d’Eufrasia , on cultivait l’esprit de souffrance à l’image de cette terre aride.

Ce village semble, dans un premier temps, préservé. On y a pansé les plaies de la guerre (on est en 1956 lorsque Ada Maria est jeune fille). La religion n’est pas aussi présente que je l’aurais cru. On a la présence des crucifix, les autels, les bougies, le cimetière mais le prêtre ne vient pas se mêler des unions hors mariage, par exemple. On est dans la mémoire, le souvenir. La culpabilité chrétienne est moins présente que le laisserais supposer l’Italie catholique.

J’ai beaucoup aimé la place de l’écrit avec les lettres cachées dans le tiroir, la passion des stylos, les petits mots dans le bocal, ce récit écrit… comme pour contrebalancer le côté taiseux de ses gens, même le bébé est longtemps dans le silence.

Finalement, il n’y a que Ada Maria qui est une fille de la parole et jusqu’au bout elle sera la mémoire orale.

Dans ce village qui va se dépeupler dans les années 60, on a aussi un effet miroir de celles et ceux qui ne donneront pas la vie, tout en chérissant celle des autres. On sent que le monde est en train de changer en même temps que Magnifica grandit. Le livre débute et se termine sur un départ, comme si cette absence convoquait les autres absents.

J’ai beaucoup aimé dans ce roman les éveils amoureux des personnages chacun avec sa sensibilité et à son rythme, au moment où il est prêt. Ainsi que la franchise des personnages  face à leurs décisions, pas d’hypocrisie autour des relations amoureuses, surtout avec les nouvelles générations.

C’est un roman qui nous raconte des choix de vie avec délicatesse dans la façon de le raconter mais pas de mièvrerie. Il reste une part de mystère pour le futur.

Je remercie les Éditions Denoël pour cette découverte.

 

4e de couv. :

Années 50. Dans un petit village des Abruzzes. La jeune Ada Maria est la fille d’un couple sans amour. Son père, Aniceto, passe le plus clair de son temps avec Teresina, sa maîtresse, ou enfermé dans son atelier de taxidermiste. Eufrasia se contente d’être mère et de noyer sa fragilité dans les soins qu’elle apporte à ses enfants.
Lorsqu’elle meurt prématurément, Teresina prend peu à peu sa place dans la maison. La jeune Ada Maria s’occupe alors de son frère en s’efforçant d’ignorer Teresina. C’est pourtant dans ce quotidien en dehors du temps, rythmé par la couleur des frondaisons, la succession des naissances et des deuils, que l’Histoire fait un jour irruption. Dans un bois avoisinant le village, Ada Maria aperçoit un jour une ombre. Il s’agit d’un homme, hagard, désorienté, il n’a jamais quitté la cabane où il s’est réfugié à la fin de la guerre. Il est allemand. Les deux êtres vont se rapprocher. De cet amour naîtra une petite fille aux yeux clairs et à la peau diaphane, Magnifica, changeant à tout jamais le destin tranquille auquel Ada Maria se croyait cantonnée.

 

Denoel

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