Audrey Perri

City Editions, mai 2018, 480 p., 18,90 €

Mes lectures City

maison falaise

4e de couv. :

Dévastée par une récente rupture, Alma quitte Londres pour passer l’été chez sa grand-mère dans un petit village, au bord de la mer. C’est là, dans la bibliothèque familiale, qu’elle découvre entre les pages d'un livre une ancienne lettre. Le courrier est adressé à l’arrière-grand-mère d’Alma, employée autrefois chez les Wilson, une famille habitant dans une grande maison battue par les embruns. Qui est cette femme noyée dont la lettre parle avec tant de douleur ? Quel rôle a joué par sa propre famille dans ce drame ? Alma se lance sur les traces de Selina Wilson, une jeune femme qui a vécu dans les années 1910. Une femme éprise de liberté et refusant de se plier à un mariage arrangé. Dans les méandres d’une histoire familale dévastée, Julia va découvrir un secret bouleversant...

Ma chronique :

J’ai eu très envie de lire ce roman dès que j’ai vu la couverture et la quatrième de couverture. Il correspondait bien à ce que j’espérais, j’ai été ravie de découvrir les secrets de familles, et toutes ses vies. Cependant je préfère d’entrée vous avertir que c’est un roman pour ceux qui aiment prendre leur temps, s’imprégner de l’atmosphère d’un univers romanesque. L’autre fait à mettre en avant c’est sa composition. Un chapitre se déroule dans les années 1909-1914, l’autre en juin 2011, dans la même zone géographique. Et on alterne. C’est bien écrit et on est vite pris par la narration. On suit les personnages avec curiosité et l’intérêt que l’on porte à ce qui leur arrive. Après ces constatations, venons-en à ce qui m’a marqué.

L’alternance des deux narrations dans un premier temps m’a dérangée, car on a l’impression de deux romans dans le même livre. Et changer d’époque ma un peu agacé jusqu’au moment où on arrive un peu à relier les deux histoires.

Les deux histoires ont en commun, outre les secrets de famille, la condition féminine. C’est un roman qui met en avant l’univers féminin de la société anglaise. Les hommes sont assez présents. Il y a un paradoxe les femmes (épouses/mères) non apparemment aucun rôle dans le monde des affaires et pourtant c’est elles qui gèrent leur maison comme une entreprise. Deux femmes ont choisi de venir vivre dans ce lieu retiré pour des raisons différentes  mais qui ont un rapport avec leur famille. Elles doivent tenir compte des problèmes financiers, gérer le personnel, négocier les « contrats de travail », gérer les conflits sociaux que ce soit au niveau du personnel qu’avec les membres de leur famille. Il ya en a même qui négocient leur silence. Les hommes ne sont pas là au moment des crises. Et en même temps, elles sont seules et peu solidaires entre elles.

La nouvelle génération du début du XXe siècle parle du droit du travail, de ne pas se faire exploiter, du droit à l’instruction et à exercer un métier. Le thème est aussi abordé entre celles qui doivent se marier en cours de grossesse, avec perte de l’emploi à la clé. Celles qui  refusent  le mariage pour entrer dans le monde des adultes et  reproduire un schéma social. Il y a celles qui vivent dans le but de se marier et construire leur propre foyer. Et abordé aussi le thème des arrangements entre les familles, la contrepartie financière pour caser les filles.

On retrouve l’hypocrisie des apparences alors que le mari mène sa vie à sa guise.

Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous ? Cependant tissez tour cela et vous aurez une série de drames dans un même lieu.

Dans la partie XXI e siècle, on se dit que les choses ont changé, puisque les femmes travaillent, choisissent leurs partenaires et ont une vie sociale épanouie. Eh bien non ! A croire que lorsque les sentiments prennent le dessus cela fragilise les gens. Les conventions sociales ont la vie dure. Perdre son emploi, rompre une relation amoureuse c’est toujours un constat d’échec qui peut conduire à la dépression…

Les jeunes sont plus libérés (crois-ton) mais sont aussi plus vulnérables. Ils sont en quête du passé, des racines, des histoires des autres… il a ceux qui se tournent vers les causes animales et la protection de l’environnement, pur trouver un but à leur vie.

Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est la différence dans l’utilisation du temps. 2011, c’est l’été des recherches, des nouvelles rencontres, des questionnements sur l’avenir, les activités reprennent dans ce coin touristique. On parle en heure et en journées. 1909-1914 là le temps va plus vite on voit grandir les jeunes gens et faire leur choix définitifs. On voit plusieurs vies basculer. Tout cela avec le même nombre de chapitres.

2011, c’est aussi une autre sorte de narration, on est dans du feel good. Tout va mal mais on découvre qu’on peut s’en sortir en faisant de bonnes rencontres,  en parlant, en changeant de lieu et de mode de vie. On va vers l’été, les beaux jours.

1912 C’est plus dramatique, on va vers la catastrophe, la fin d’un monde. On a en tête l’imminence de la guerre, le lecteur sait que quoi qu’il arrive, ce monde va de toute façon changer sans ses familles privilégiées. L’histoire s’achève juste au début de la première guerre mondiale. Cette partie de l’histoire m’a fait penser à ses journées lourdes qui annoncent un orage de fin d’été qui va conduire vers l’éclatement des familles.

Ce qui est intéressant dans se roman, c’est qu’on a la rencontre, presque la confrontation entre la grand-mère de 98 ans et la petite fille de 30 ans. Deux façons d’aborder la vie. Deux façons d’aborder ce fameux secret de famille.

Mon petit regret… on a pratiquement toutes les réponses sur l’histoire ancienne. Mais en ce qui concerne l’histoire actuelle,  Audrey Perri nous laisse imaginer ce qu’il va advenir des personnages. Certains n’auront fait qu’être ébauchés, les amis du salon de thé n’ont presque joués qu’un rôle de figurant…

Vous voyez en début de chronique je vous laissais entendre que 500 pages c’est long… et bien une fois terminé on se dit qu’on serait resté encore avec les personnages…

Je remercie   City Éditions pour cette belle lecture.

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