Jessie Burton

trad. Jean Esch

Folio, juin 2018, 505 p., 8,90 €

Mes lectures Folio

G01721

4e de couv. :

En 1967, cela fait déjà quelques années qu'Odelle, originaire des Caraïbes, vit à Londres. Elle travaille dans un magasin de chaussures mais elle s'y ennuie, et rêve de devenir écrivain. Et voilà que sa candidature à un poste de dactylo dans une galerie d'art est acceptée ; un emploi qui pourrait bien changer sa vie. Dès lors, elle se met au service de Marjorie Quick, un personnage haut en couleur qui la pousse à écrire. Elle rencontre aussi Lawrie Scott, un jeune homme charmant qui possède un magnifique tableau représentant deux jeunes femmes et un lion. De ce tableau il ne sait rien, si ce n'est qu'il appartenait à sa mère. Marjorie Quick, à qui il soumet la mystérieuse toile, a l'air d'en savoir plus qu'elle ne veut bien le dire, ce qui pique la curiosité d'Odelle. La jeune femme décide de déchiffrer l'énigme des Filles au lion.

Mon billet :

C’est difficile de faire abstraction d’une lecture  telle que celle du « Miniaturiste »,  où mystères et fantastique donne une   narration complexe. Alors vous imaginez la pression qui pèse sur ce deuxième roman. L’autrice va-t-elle se renouveler ? Va-t-elle savoir emporter les lecteurs avec elle ?

Elle a su choisir d’autres époques et d’autres lieux pour nous faire vivre d’autres émotions.

C’est un roman qui joue avec alternance du présent (Londres 1967) et du passé (Andalousie 1936).

J’ai cru en lisant le premier chapitre en 1967 qu’on allait vivre une histoire mentor disciple. J’ai ressenti des tensions, des secrets, des non-dits, des enjeux entre cette sage  jeune fille caribéenne et la vieille fille « indépendante ». Quel ne fut le choc d’interrompre cette histoire pour passer à une autre histoire de jeunes filles/ femmes en 1936. J’avoue que cela m’a refroidi. Puis petit à petit, je me suis pris au jeu car l’histoire est aussi passionnante. On se pose des questions sur tous les liens possibles entre ces deux narrations. En fils rouge un tableau.

J’ai beaucoup apprécié le fait d’avoir beaucoup de réponses ainsi que la narratrice. Il y a tout un travail sur le temps, afin de distiller les informations au moment adéquat.

Ce qui relie les deux époques (hors le secret principal) c’est le rôle de la femme dans la société et sa place dans le monde de la création, qu’il s’agisse de l’écriture ou de la peinture, rien n’est évident ni simple. Il est question de choix de vie. Vivre de son art implique de s’affirmer, de se donner entièrement corps et âme. Difficile de faire les choses à moitié. Il est question de passion dévorante qui un moteur, une raison de vivre.

Ce roman traite aussi temps. Qu’est-ce qui résistera à l’usure du temps ? Que restera t-il de nos actes, de nos œuvres ? De nos amours ?

Il est question de famille, de maternité et de paternité… La guerre participe à la création de familles compliquées.

Bien entendu il est question de couleurs, de lumière et de matière puisqu’il y a toute la thématique de l’art et de la peinture.

Il y a une part onirique qui joue un rôle important. Rêver d’une autre vie, interpréter les cauchemars… visions, ombres…

On retrouve l’idée de terre nourricière et de terre en tant que sépulture.

L’océan, l’eau va permettre de renaître à certains personnages.

On a aussi les jeux de miroirs, des parallélismes qui voient le jour au fur et à mesure. Je ne peux développer ses sujets sans vous dévoiler l’histoire.

C’est un roman très travaillé et construit afin que toutes les pièces s’imbriquent petit à petit et ménager le suspens.

Je remercie Folio pour leur confiance.

folio

 

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