Véronique Le Goaziou

Éditions de la Table Ronde, août 2018, 204 p., 16 €

 

Rentrée littéraire 2018

Parution le 16 août 2018

viannet

4e de couv. :

Monsieur Viannet a cinquante ans et vit dans un minuscule appar tement, du côté de Bastille. Monsieur Viannet a autrefois été bel homme. Sportif. Monsieur Viannet a fait l’armée. Monsieur Viannet, surtout, a été acquitté après avoir été accusé du meurtre de son père. Entre la prison, les foyers d’urgence et les hôtels minables, Monsieur Viannet appartient à ce qu’il est convenu d’appeler le quart-monde. Il ne voit plus ses enfants, et sa femme n’est plus qu’un témoin de son passé. Monsieur Viannet ne sort plus. Il a ses cigarettes qu’il fume à la chaîne, ses bières qu’il vide du matin au soir, son écran plat qu’il n’éteint jamais. Monsieur Viannet est, que cela nous plaise ou non, notre exact contemporain.

 

Mon billet :

Je débute la rentrée littéraire adulte par un roman réaliste et sombre. Le roman de Véronique Le Goaziou nous propose un regard sur une partie de la population « silencieuse » et réfléchir. Elle constate et ne propose pas de solution, ce n’est pas le propos, c’est juste un coup de projecteur sur un cas qui pourrait être représentatif d’un ensemble. Ce que j’ai beaucoup aimé c’est qu’elle ne juge pas.

Lorsque j’ai commencé la lecture, la première question que je me suis posée fut « quelle est la place du lecteur dans cette narration ? ». Je craignais le rôle du lecteur voyeur, position qui me met mal à l’aise. Ce n’est pas le cas, vous allez voir pourquoi.  La narratrice a une attitude « professionnelle » et essai de ses protéger, de ne pas se laisser emporter par les émotions ce qui fait que le lecteur prend la même position. Parfois elle est obligée de se « recentrer sur son sujet  d’étude» et ces petites piqûres de rappel valent pour le lecteur. Garder ses distances pour aller au bout de son enquête. Parfois je me disais je n’aurai pas réagit ainsi, et là on a une réflexion pour nous dire « non », on sent qu’il y a une vraie réflexion derrière les dialogues.

Dans son attitude physique aussi elle essai tant bien que mal de garder le même cap, mais elle n’est pas une machine et parfois elle se laisse aller avant de vite se reprendre. Contact visuel mais pas physique. Elle n’est pas là pour aider, elle est là pour une enquête, elle est claire dans sa tête. Ce n’est pas une novice. Par exemple : c’est elle qui pose les questions et elle ne répond pas lorsqu’on lui en pose ou très peu. Ça fini par être un leit motiv que les participants se rappellent entre eux.

Elle vient interroger M. Viannet sur son passage dans un foyer d’accueil, mais son épouse est là. On est dans une conversation à trois. Mme Viannet va jouer le rôle de « tampon » entre l’enquêtrice et son mari, elle apaise ou attise selon, comble parfois les blancs. Bien qu’elle ne soit pas le sujet d’étude on sent qu’elle a besoin de parler, cela crée des moments de tension entre les époux.

Ce roman est principalement composé de dialogues, de silences et d’attentes.  Je disais qu’il y a trois personnages en action mais en fait la télévision joue un rôle et entre parfois dans la conversation  et il y a les fantômes du passé qui sont convoqués.

Entre la narratrice et ses deux interlocuteurs ce sont deux mondes qui se rencontrent. Elle est loin de ces univers là qu’ils lui racontent au fil des questions. Elle relance souvent pour qu’ils développent, pour qu’ils finissent leurs  phrases.

La misère sociale, morale, émotionnelle sont  ici illustrés par la colère, la violence, l’alcoolisme, le froid, la faim et la maladie. Ce sont des gens qui vivent dans le présent car le passé est trop douloureux et le futur inexistant. Véronique Le Goaziou  le met en évidence par exemple par l’attitude physique du couple. Ils vivent dans une pièce sur un lit qui sert de canapé avec la télévision comme seul horizon, la fenêtre donne sur une cour intérieure. Tout est fait pour créer un huis clos permanent.

L’espace temps se déroule en trois instants : octobre, novembre, décembre. Trois actes d’un drame, d’une tragédie. Je vois bien une adaptation théâtrale. Il y a un côté très visuel dans ce roman, avec une gestuelle, des regards qui font qu’on a l’impression d’être dans la même pièce qu’eux.

M et Mme Viannet nous racontent la solitude, l’isolement, la spirale infernale qui se met en place très jeune et les aspire vers le bas, vers la destruction et  l’autodestruction. Les dialogues le montrent bien.

Il y a un côté lucide et réaliste, pas un simple renvoi de la faute à la société. C’est la faute à pas de chance, être né sous une mauvaise étoile. J’ai ressenti l’idée de destin et d’un certain fatalisme.

On sent que cette simple visite modifie quelque chose dans leur vie. Est-ce une bouffée d’oxygène qui va les aider et les faire réagir ? Oui mais il y a quelque chose d’inéluctable qui se joue.

Ce roman est un joli travail d’écriture avec une issue finale qui clos cette « enquête sociale ». Un roman fort qui ne laisse pas indifférent. Cela dépend certainement de la sensibilité de chacun et de son expérience face au sujet. Tout est pesé, maîtrisé, calculé enfin presque car le facteur humain offre parfois des surprises.

Je remercie les Editions de la Table Ronde pour leur confiance.

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