Guy Rechenmann

Editions Vents Salés 2016, 285 p., 19,50€

a la place de l'autre

4e de couv. :

Un jour de septembre, 6 h 45. La pointe du Cap-Ferret est déserte. Les touristes ont décampé et les rares sédentaires ne se risquent pas si tôt face à un océan d'humeur changeante. Alors que fait là cette silhouette immobile perdue au milieu des blockhaus ? Qu'attend-elle, cette jeune femme ? Cela m'interpelle, moi, Anselme Viloc, le « flic de papier ». En règle générale je fuis les enquêtes ordinaires, j'ai le don de dénicher le grain de sable qui grippe les belles mécaniques assassines. Je ne lâche aucune affaire ! La guerre et les bâtisseurs du mur de l'Atlantique, un enfant et un chat, autant d'indices à prendre en compte. De Bouliac à la Chalosse, d'Arcachon à Andernos, Marie, Clémence, Marina... trois générations d'une même famille. Noyées dans la folie...

 

Ma chronique :

J’ai découvert cet auteur et ses écrits à travers ses interventions sur FB et l’enthousiasme de son agent littéraire (son  épouse cela va de soi !). La curiosité m’a poussé à aller les rencontrer au Festival du livre de Collioure « D’une mer à l’autre » (66190) qui a lieu le premier week-end de septembre. C’est en toute convivialité qu’on est passé du virtuel au réel sans surprise.

J’ai donc acheté ce roman. Mais c’est délicat lorsqu’on « connaît » la personne, une petite appréhension  née… Et si je n’aimais pas ? je ne sais pas si c’est cette crainte ou parce que ma bibliothèque est un véritable capharnaüm mais le livre s’est retrouvé enseveli… Oui les livres se cachent parfois à croire qu’il y a un lecteur fantôme dans ma bibliothèque !

Le  livre est réapparu il y a peu alors j’ai décidé de le lire avant le prochain Festival de Collioure !

Ce roman est le troisième avec Anselme Viloc mais je n’ai nullement été dérangée de ne pas avoir lu les deux précédents. Il y a quelques références qui nous sont expliquées sans trop spoiler pour avoir envie de revenir aux sources !

Ce qui m’a attiré dans les romans de Guy Rechenmann c’est le fait qu’il y ai un personnage qu’on voit évoluer d’une enquête à l’autre. Alors avant l’enquête elle-même ce sont les caractéristiques de ce personnage qui m’intéressent : Où vit-il ? Avec qui ? Y a t il un personnage absent dans vie ? Quel est son caractère ? Comment se comporte t-il avec les autres ? Quelle est l’attitude de ceux qui le croisent et le côtoient ? Est-il seul ou accompagné ? Qu’il soit sympathique ou antipathique, il faut qu’il impose sa présence. Ce sont là mes exigences de lectrice.

Anselme Viloc, c’est son nom… Dans ma tête il y a du Arsène Lupin et de l’Eugène-François Vidocq dans l’air… ouh là ! Jeux avec les  mots à surveiller… Il a un côté gentleman et un côté policier.

Ce que j’ai aimé dans ce personnage c’est qu’il a une vie équilibrée avec une touche de fantaisie. Cela nous change des policiers dépressifs et alcoolique. En fait il a crée une sorte de tribu autour de lui, et ça me plait ! Ils ont tous leurs petites particularités. J’ai une petite préférence pour la petite Lily. Les interactions entre les membres de ce clan sont intéressantes.

Ce qui m’a fait sourire, c’est qu’il est policier et son supérieur (il vaut son pesant de cacahouète)  le suit dans sa façon peu conventionnelle d’enquêter. Là où on voit qu’on est dans la fiction c’est qu’il reste sur la même affaire avec J son second pendant plusieurs mois. Cela m’étonnerait que dans la police cela se passe ainsi ! C’est justement que l’enquête se déroule sur plusieurs mois qui est intéressant.

Une spécificité de ce policier c’est qu’il aime écrire des rapports détaillés et littéraires, d’où son surnom de flic de papier obtenu lors de sa première affaire.

J’aime sa façon d’observer et d’aller plus loin, au-delà des apparences.

Cette histoire se déroule entre 1992-1993. Il y a beaucoup de références au jazz et au cinéma. J’ai essayé de guetter la petite erreur de datation, je n’en ai pas trouvé. Il n’y a qu’un mot dans une expression qui a attiré mon attention « tsunami », c’est un mot qui existe depuis longtemps mais dans les conversations je n’ai pas souvenir de l’avoir entendu avant le tsunami de 2004, c’est un détail. On a quelques repères avec des faits réels comme le décès d’un musicien etc. L’histoire est bien ancrée dans l’époque.  Cette période est importante car cela permet d’introduire une période du passé un peu trouble de Bordeaux. Anselme Viloc va aller aux origines du mal, le vent va déterrer le passé, mais il devra creuser un peu plus profondément.

Ce roman policier, c’est ce qu’on a tendance à appeler un roman policier de terroir, rien de péjoratif pour moi. Cela permet de mettre en évidence l’importance du lieu, de la région avec ces spécificités et son histoire. N’étant pas de cette région je fais confiance  à l’auteur qui m’a l’air d’être très documenté au vue des anecdotes. Donc nous sommes dans le bassin d’Arcachon avec en arrière plan Bordeaux et la côte …

Ce livre rentre dans le cadre de mes lectures « voyageur immobile », j’ai l’impression d’avoir visité cette partie du Sud Ouest.

Je vous ai parlé du personnage principal (à vous de découvrir les autres !), l’époque où l’enquête à lieu, mais qu’en est –il de la l’enquête ? Elle est intéressante. Il y a une certaine lenteur car il faut suivre les méandres de l’esprit humain. L’aspect psychologique est primordial, mais n’en disons pas trop. Point de course poursuite et de policier qui dégaine son pistolet à tout crin. J’ai pris grand plaisir à le suivre, même si j’avais repéré le suspect bien avant qu’il le soit mais n’ayant pas tous les éléments je ne connaissais pas le mobile. Très logique (est-ce le terme adéquat), on a plus ou moins toutes les réponses à la fin.

Je ne vous ai pas parlé de l’écriture. C’est un roman très fluide divisé en chapitres aux titres significatifs. L’écriture est fluide et on se laisse emporter par les différentes histoires qui s’emboîtent telles des  pièces d’un puzzle. Il ya quelques mots qui sont me semble t-il régionaux qui donne la touche locale. J’ai beaucoup aimé la qualité de français et les jeux de langage.

La couverture est en adéquation avec la narration.

La cuisine et l’alcool sont  assez absents mais on a comme une envie d’iode et de vin blanc  pendant la lecture ! C’est peut-être l’influence des apéritifs littéraires au Cap-Ferret où je n’ai jamais mis les pieds !

C’est donc avec plaisir que je vais continuer à suivre ses investigations…

flic de papier    fausse note


Qui en parle ?

Evlyn Leraut