Curzio Malaparte

Trad. ital. Gabrielle Cabrini

Editions de la Table Ronde, La Petite Vermillon, juin 2018, 358 p., 8,90€

 

Mes lectures de la Table Ronde

journal d'un étranger

4e de couv. :

1947. Curzio Malaparte revient à Paris après quatorze ans d’absence. Le plus francophile des écrivains italiens croque pendant une année les différents visages d’une ville qu’il redécouvre avec bonheur. Dans ce journal hybride, émaillé de dialogues vivants et d'analyses profondes, il s’intéresse autant à une infirmière du quai de l’Oise qu’à Jean Cocteau. Entre la plaine Monceau et Saint-Germain-des-Prés, au milieu d’un maelström de personnages et d’anecdotes flûtées, passent et repassent les figures de Malraux et Camus, de la belle Véra Korène, d’Orson Welles ou encore de Maurice Schumann.

Mon billet :

Curzio Malparte 1898-1957

J’ai été surprise par la teneur de ce journal. Il y a beaucoup de considérations sur la France, les guerres, les écrivains, les artistes, les politiques, les étrangers… J’ai ressenti beaucoup de déception et négativité chez cet homme. Il retranscrit certaines de ces rencontres avec des personnalités du monde culturel. Il a des avis très tranchés et définitifs.

On se rend compte très vite qu’il fait parti d’un ancien monde, il a traversé deux guerres mondiales avec tous les changements quel a société à connu. Les us et coutumes se sont énormément modifiés. Il y a des comparaisons sur les gens qui ont connu Paris avant la première guerre mondiale et ceux qui sont nés après.

Il y a des passages très intéressants sur son avis sur tel ou tel livre, auteur. Il n’hésite pas à commenter les avis des autres. Il analyse tout ce qu’il voit, lit, entend. Tout cela nous apporte une vision interne de ce monde culturel de l’époque. Beaucoup des gens cités sont très connus ce qui donne une image de la France artistique très productive, active. Cette effervescence d’après guerre.

Nous avons donc les journaux de 1947, 1948 et des non datés. La première édition de ce journal date de 1967. A l’intérieur de ses journaux il est fait référence aux périodes de 1914-1947. C’est une radiographie de la France et de l’Europe d’un homme cultivé.

Je n’ai pas trouvé Curzio Malaparte particulièrement sympathique, un peu trop imbu de sa personne. Un homme sûr de ses capacités et de sa valeur.

J’ai bien aimé les digressions lorsqu’il décrit quelqu’un ou un événement, il commence par nous parler du sjet puis son regard d’artiste part vers autre chose.

Curzio Malaparte a de grandes connaissances en géographie, histoire, littérature et peinture. Il a donc un regard particulier.

Dans ses retranscriptions de rencontres,  on découvre qu’il a l’œil sur tout, l’espace, les vêtements, les attitudes, les paroles et discussions des gens entre eux.

Lors de ses visites dans Paris, il a un œil d’artiste. Il y est question de ce qui se voit ou qui est « refoulé », estompé, effacé voire caché.

Les couleurs, les lumières, les dimensions, les décors, les vues et perspectives occupent sont attention. Par exemple : sur une page, il va nous parler de théâtre, de la comédienne et des décors. Puis un autre jour c’est l’indifférence des gens des grandes villes, sur un homme à terre, un juif de l’Exodus aux prises avec une crise d’épilepsie. L’écart entre ces deux sujets est énorme.

Il y a certains aspects dans ce journal qui sont encore valables aujourd’hui, 70 ans après.

(p.67) « Dans le métro, à la Concorde, un homme tombe. […] personne ne s’arrête, la foule s’écoule le long du couloir, sans même se retourner.

C’est la foule de six heures du soir, de petits-bourgeois, de commis de magasins, de dactylos, l’horrible foule de petits-bourgeois de six heures du soir dans toutes les villes d’Europe, sale, fatiguée, habillée avec prétention, empressée, égoïste, rancunière, méchante, froide, souveraine. La foule souveraine des grandes villes d’Europe à six heures du soir, quand les magasins ferment, quand tout le monde se hâte vers sa maison, quand les gens fatigués, plus méchants, plus égoïstes que jamais. Je hais la foule qui bouscule, vous piétine, vous écrase. Ne tombez jamais dans la rue, sur le trottoir, à six heures du soir. […] « qu’est-ce que vous faits-là, au  milieu du trottoir ? On ne tombe au milieu du trotoit ! Vous gênez ! » Si vous êtes étranger, la foule vous regardera d’un air méchant, vous dira : « Sale métèque ! »  […] »

Il n’y va pas par quatre chemin pour nous parler des côté sombre des gens.

Il nous parle tantôt de ses contemporains (Cocteau, Camus…) tantôt de classiques (Corneille, Racine, Descartes…) pour nous montrer ce qui fait le caractère des français.

Les hommes politiques sont aussi observés, étudiés, idées politiques. Il fait des comparaisons entre Paris et les autres parties du monde.

En parlant de Maurice Schuman (p.75) « C’est un homme cultivé, c’est-à-dire un homme qui possède une structure mentale, une architecture morale, une charpente de connaissances et dons d’idées. »

Il écoute, observe et fait ses propres raisonnements en observant les autres parler.

« je ne suis pas venu en France pour faire valoir aux yeux du public mes titres de résistants » (p.356). Tout au long de ce journal, il est évidemment question de l’après-guerre et des conséquences de la guerre et de l’attitude de chacun. On a du mal aujourd’hui a imaginer cette pression sociale qui existait. Que vous soyez reconnu résistant ou colabo cela changeait beaucoup de choses. Lui ne tant qu’italien à Paris, c’était pire. J’ai lu par ailleurs qu’il y a connu des périodes assez ambiguës.

La religion aussi fait partie des sujets de réflexions de cet écrivain.

On note très vite la qualité d’écriture de Curzio Malaparte, très agréable à lire. Les textes sont de taille variable mais avec des développements très travaillés.

Ce qui m’avait attiré dans le titre de ce journal c’est « Paris » et j’ai été ravie des réflexions autour des rues, des places, des lieux. De l’extérieur à l’intérieur, du public au privé. Un regard  très intéressant. Je pense que ceux qui connaissent vraiment Paris ressentiront plus ce qu’il dit, tout en le remettant dans le contexte de l’époque cela va de soi.

Je vous laisse découvrir le grand éventail de sujets abordés.

Je remercie les Éditions de la Table Ronde pour leur confiance.

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