Daphné Du Maurier

Trad. de l’anglais Jane Fillion

Éditions de la Table Ronde, Collection petit quai voltaire, 2018, 345 p., 14 €

Mes lecture de la Table Ronde

monde infernal de Branwell

4e de couv. :

Branwell est l'enfant maudit de la famille Brontë. L'unique frère de Charlotte, Emily et Anne était pourtant promis à un brillant avenir. C'est lui qui construisit le monde imaginaire de la fratrie, inventa les jeux qui nourriraient l'imagination de ses sœurs, lui qui les inviterait à la création, à l'écriture. Mais l'enfant prodige devint peu à peu un poète déchu s'aidant d'alcool et d'opium pour surmonter la folie, tandis que ses trois sœurs accédaient à la renommée.
En 1960, lorsque de nombreux manuscrits de Branwell sont découverts au presbytère de
Haworth, Daphné Du Maurier s'étonne qu'aucun biographe ne se soit penché sur ce sombre personnage. Jane Eyre, Les Hauts de Hurlevent, Agnes Crey... Ces chefs-d'œuvre auraient-ils vu le jour si leurs auteures, durant l'enfance, n'avaient pas connu le monde fantastique façonné par Branwell? C'est la question qu'elle se pose tout au long de ce roman vrai.

 

Mon Billet :

Si vous me suivez, vous savez que je ne suis pas lectrice de biographies, mais j’aime sortir de ma zone de confort. J’ai eu envie de lire cette biographie du frère Brontë pour différentes raisons.

La première va en faire bondir certains, longtemps j’ai ignoré l’existence de ce garçon dans la fratrie des Brontë, puis il a pris dans mon esprit l’image d’un être étrange coupé du monde. Presque un personnage des romans gothiques.

J’ai vite laissé ce fantasme et mes à priori grâce à la plume de Daphnée Du Maurier. Le nom de l’écrivaine a joué un rôle très important, car le Branwell de mes « fantasmes » aurait pu être un de ses personnages torturés.

Je voulais aussi préciser que mes connaissances sur les sœurs Brontë et leurs écrits sont assez succincts. Je plaide coupable.

Quel titre aux tonalités dramatiques, de quoi tenter les lecteurs curieux.

Pourquoi je vous raconte tout cela ? Pour dire aux néophytes dans mon genre que cette bio se lit presque comme une fiction tant le sujet étudié est singulier. C’est un livre très abordable et une mine d’information. En fin de volume il y a des annexes qui montrent que Daphnée Du Maurier s’est beaucoup documentée.

Daphné Du Maurier fait référence aux spécialistes qui ont déjà travaillé sur la famille Brontë. Elle nous restitue dans son contexte qui était cet enfant, ce jeune homme, cet homme que ce soit au niveau familial, local ou plus général. Elle nous retrace les grandes lignes de la vie familiale pour comprendre qui vit/ ou pas dans cette maison. Ce que j’ai apprécié, c’est de savoir où étaient les sœurs Brontë à tel ou tel moment.

Dans cette biographie on découvre aussi comment était constituée la société dans laquelle évoluait (ou pas) Branwell.

Lorsqu’elle nous parle des écrits de Branwell et de ses sœurs, elle nous signale ce qui les inspirait. Le lecteur non averti  ne verrait pas la réalité derrière la fiction qu’ils créaient. Il y a aussi des extraits en VO et traduits, pour moi qui ne suis pas anglophone j’ai été soulagée. J’ai trouvé agréable que les traductions ne soient pas en note en bas de page ou en fin de volume, mais bien à la suite du texte original.

Pour les tableaux aussi on a des informations que le simple spectateur ne pourrait déceler.

Cette biographie montre aussi comment les relations dysfonctionnelles pouvaient modifier le parcours d’un être. Branwell maintenu dans un cocon pour diverses rasions (que je vous laisse découvrir) alors que les sœurs ont été poussées à travailler, à entrer dans l’enseignement ou devenir gouvernantes pour pouvoir subvenir à leurs besoins présents et futurs.

Je trouve que tout le monde était trop indulgent envers Branwell même hors de la maison. Il avait l’art de se faire aimer.

J’ai remarqué qu’à chaque nouvelle étape (j’allais dire lubie) dans les tentatives de Branwell, Daphné du Maurier nous fait un petit résumé des échecs « professionnels » de Branwell, comme pour recentrer le lecteur après toutes les informations et anecdotes données.

Par exemple :

« Pour ce garçon de vingt-deux ans qui n’avait pas réussi à franchir les portes de la Royal Académy ; qui n’avait pas peint le tableau de l’année ; qui s’était vu refuser ses poèmes par le Blackwood’s ; dont les lettres à Wordsworth étaient restées sans réponse et qui envers et contre tout voulait croire en son génie, le laudanum (avec 10% d’opium) représentait une libération. » (p. 130)

 

Elle semble aussi chercher des excuses à Branwell ou à transposer ce que pensait l’entourage. Par exemple :

« Si Joseph Leyland, enfant chéri des critiques, ne parvenait pas à vivre de sa sculpture, comment reprocher à un artiste inconnu d’avoir passé un an à Bradford sans parvenir à se faire connaître ? » (p.132)

 

J’ai été très surprise de voir qu’il n’a pas trouvé sa voie parce qu’il n’avait pas eu des occasions de le faire. Moi qui l’imaginait confiné dans la maison familiale en fait il a eu beaucoup d’opportunités qu’il a su saisir pour tenter mais sans aller jusqu’au bout.

J’ai beaucoup aimé dans cette biographie le fait que Daphné Du Maurier conteste quelques faits racontés dans les biographies précédentes avec preuve à l’appui.

J’ai pris mon temps pour bien lire cet ouvrage et j’ai savouré l’écriture de Daphné Du Maurier et tous les extraits de lettres, poèmes, récits etc. Il y avait trop d’informations pour que je lise d’un trait.

Je remercie les Éditions de la Table Ronde pour avoir combler quelques lacunes, en espérant que ma mémoire ne me fera pas défaut.

 

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