Laurent Guillaume

Éditions Denoël, coll. Sueurs Froides, juin 2018, 303 p, 19,90 €

Mes lectures Denoël

B26705

4e de couv. :

Le train arrive dans la petite gare de Thyanne, terminus de la ligne. Priam Monet descend pesamment d’un wagon. Presque deux mètres pour un bon quintal et demi, mal sapé et sentant le tabac froid, Monet est un flic misanthrope sur la pente descendante. Son purgatoire à lui c’est d’être flic à l’IGPN, la police des polices. Sa mission : inspecter ce petit poste de la police aux frontières, situé entre les Alpes françaises et italiennes. Un bled improbable dans une vallée industrieuse où les règles du Far West ont remplacé celles du droit. Monet n’a qu’une idée en tête, accomplir sa mission au plus vite, quitte à la bâcler pour fuir cet endroit paumé.

 

Mon Billet :

Chroniquer un roman policier est toujours délicat. Il ne faut pas dévoiler l’intrigue et ne pas annoncer le nom du coupable. Alors voyons pourquoi ce roman donne envie d’être lu.

Le décor, les Alpes, un coin perdu au milieu des sommets escarpés. Un lieu isolé presque coupé des grandes villes. On se retrouve dans un « huis clos » un microcosme. Tout le monde se connaît, tout le monde essai de préserver ses prérogatives. Cela donne un côté anxiogène au moment critique.

Les personnages : L’enquêteur a tout pour lui, il est grand, obèse, en colère, agressif et parisien. Il ne peut passer inaperçu  et pas très sportif l’empêchera de détaler… C’est un commandant de l’IGPN de Lyon, il est venu pour un audit, il n’a pas le beau rôle. Il représente le gars de la ville par excellence, un poisson hors de l’eau ! Le lecteur sait qu’il a en plus un lourd passif et que l’IGPN c’est son purgatoire,  son passé reste vague. Avec le commandant Priam Monet les relations avec les gens sont assez épidermiques.

Il va choisir sa comparse Claire, une mère de famille qui fait partie du service administratif, une novice, intègre malgré des attaches familiales multiples. Elle est du coin c’est un avantage et un sacré inconvénient. Ils vont former un improbable duo, mais complémentaire.

On a des personnages secondaires qui vont jouer un rôle mais dans quel camp vont-ils se trouver ?

Ne faisant pas parti du sérail, il soupçonne tout le monde, provoque tout le monde. Cela donne lieu à des situations drôles, équivoques. L’humour et les écarts de langage nous mettent aussi dans le bain.

« Va vraiment falloir que j’adopte les codes et les référents locaux » (p.136) dit le commandant Priam Monet. En fait le texte est émaillé d’expressions locales mais aussi autour du monde de la police.

Si pour Priam, le rapport aux hommes  est assez frontal, le rapport aux femmes est plus hormonal avec des tensions sexuelles. Il joue de son statut et de sa corpulence attraction/répulsion. La testostérone fait  partie de ce genre littéraire.

L’intrigue : on commence avec plusieurs « scènes de crime ». Les bâtiments de la police aux frontières / la gendarmerie où tout peu se jouer. La montagne avec l’interpellation de migrants, des courses poursuites, une chasse au loup. Un bar de nuit…

Ce roman policier traite aussi de la thématique de la frontière entre l’Italie et la France avec les problèmes  des migrants clandestins, les chemins de contrebandiers. Là c’est la frontière administrative. Mais entre le commandant Priam Monet qui est un peu borderline, les policiers qui travaillent en permanence avec ce flux de biens et de personne, on se demande qui et à quel moment ils vont passer la barrière morale.

Il y a plusieurs facettes chez beaucoup de personnages, là aussi la frontière est floue. La figure de façade et une plus  sombre.

Les femmes sont courageuses et prêtes à tout. Les hommes sont plus sournois.

On va aller de rebondissement en rebondissement, de découverte en chute, un véritable jeu de domino où en poussant des pièces d’autres vont tomber. C'est un roman avec une intrigue bien ficelée, si parfois on se doute de choses on a aussi des surprises. On a du mal à poser le livre avant de connaître tous les détails.

J’espère vous avoir donné envie de le lire en laissant planer le mystère et que vous prendrez autant de plaisir que moi.

Je remercie les Éditions Denoël qui m’ont donné envie de découvrir d’autres romans de  Laurent Guillaume.

Denoel