Paola Barbato

Trad. Anaïs Bouteille-Bokobza

Éditions Denoël, col Sueurs froides,  avril 2018, 417 p., 20,90 €

Mes lectures Denoël

B26806

4 e de couv. :

Corrado De Angelis et Roberto Palmieri sont deux écrivains que tout oppose. Le premier, neurochirurgien, doit son succès à la qualité de ses textes qui ont su redonner au roman policier ses lettres de noblesse. Palmieri est quant à lui un auteur vedette qui ne rate pas une occasion de faire le buzz et passe son temps sur les plateaux de télévision pour le plus grand plaisir de ses milliers de fans, et ce malgré la piètre qualité de ses romans.
Les maisons d’édition de De Angelis et de Palmieri ont passé un accord diabolique : les deux auteurs sortiront leur nouveau polar le même jour à la même heure, et un prix sera décerné à qui vendra le plus de livres. La compétition sera lancée en direct à la télévision. Mais, le grand soir, rien ne se passe comme prévu, et De Angelis disparaît quelques minutes après avoir quitté le plateau. Le mystère s’épaissit lorsque débute une série de meurtres imitant à la lettre les crimes des thrillers de l’écrivain disparu. Une véritable chasse à l’homme commence alors, car tout porte à croire que Palmieri, jaloux et souffrant d’un indéniable complexe d’infériorité, est coupable. Mais la réalité est bien différente et, comme dans chaque roman de Paola Barbato, insoupçonnable.

 

Mon Billet :

Voilà environ trois ans j’ai découvert  le deuxième roman de cette jeune autrice italienne « Le fil rouge ». Je n’avais pas tenté la lecture du premier roman car il était sur le thème de la boxe. « A mains nues » me semblait trop « brutal » pourtant les retours des lecteurs étaient excellents.  « Le fil rouge » aussi mettait le corps à rude épreuve mais j’avais été emportée par l’intrigue. J’ai rencontré en mai 2016 l’autrice à la « Comédie du livre », je lui avais parlé de ma réticence à lire son premier roman, ce à quoi elle m’avait répondu qu’elle comprenait mais quelle ne le trouvait pas plus violent que celui que je venais de lire, juste différent. Je n’ai  toujours pas passé le pas.

C’est avec impatience et curiosité que je voulais lire « Bon pour tuer ». Avec un titre pareil en français on a deux façon de l’aborder… bordereau qui autorise à tuer, ou personne qui mérite d’être tuée… alors qu’en italien il est intitulé « Scripta manent » : locution latine qu’on pourrait traduite par « les paroles s’envolent, les écrits restent ».

J’ai retrouvé cette mise en avant du corps et cette tendance à le contraindre, le torturer et le mal mener. Mais n’en disons pas trop.

C’est étrange que je ne retienne que cette partie corporelle alors que psychologiquement les personnages de ses romans sont aussi traumatisés. Sujet à creuser !

Nous sommes en Italie à Milan de nos jours. Tout va se jouer autour du thème du « personnage » et/ou « auteur ». Qui se cache derrière tout cela ? Est-ce une personne ou le reflet de plusieurs personnes ?

La TV trash avec une émission « Duels » qui cherche l’audimat par l’affrontement verbal, les débordements sont implicitement conseillés ! Deux maisons d’éditions montent en épingle une rivalité entre deux auteurs très vendeurs mais diamétralement opposés. L’émission s’achève dans une grande confusion car l’un des deux à un comportement très étrange et l’autre disparaît sans laisser de traces.

On se rend vite compte que ces auteurs sont deux « vitrines » qui attirent le chaland. Le côté factice va ralentir l’enquête.

Le roman va se dérouler en deux temps. La mise en place des faits et des personnages, ce qui va correspondre à saisir ce qu’ils cachent et qui est le criminel, rien n’est vraiment résolu d’autres surprises nous attendent. Dans la deuxième partie c’est la traque à proprement parler. Il va falloir essayer de découvrir quels vont êtres ses prochains coups comme dans une partie de jeu d’échec. Les relations entre les personnages vont différentes. Trois êtres qui n’avaient en apparence rien en commun vont changer la donne. On va aller de découverte en découverte, de rebondissements en rebondissements et l’histoire va prendre une tournure différente.

Ce que j’ai beaucoup aimé dans l’écriture c’est la présence d’extraits du roman policier dans le roman policier, cette mise en abîme permet d’approcher ce roman qui est au cœur de l’histoire, le « poids de la mort de Corrado de Angelis. C’est toujours délicat de parler d’un roman écrit par un personnage mais ici cela donne une nouvelle dimension à l’enquête.

C’est un roman à la troisième personne on va donc passer d’un personnage à l’autre, les victimes et les bourreaux, les témoins et les enquêteurs. Dans la première partie l’identité de certains protagonistes restent dans l’ombre, le regard ne se porte pas sur les visages mais sur leurs actes. Dans un même chapitre qui correspond en fait à une journée,  on a plusieurs angles de vue, plusieurs actions, il faut être attentif car visuellement on  a seul un saut de paragraphe entre les deux. Certains paragraphes nous laissent en suspend, c’est frustrant et excitant… On ne sait pas à quel moment on aura la réponse à notre interrogation…

Ce que j’ai trouvé très intéressant, c’est que parfois on a la narration à la troisième personne et en en italique vient s’insérer une pensée, une précision d’un des personnages concernés.

Ex : « Maintenant, il savait. Dans son cas, il était seulement attaché

Bloqué

Il ne pouvait pas bouger ses jambes ni ses bras mais ils étaient là… » (p.120)

Ces petites incisions avec insertions donnent au personnage une voix qu’il n’a pas. C’est comme voir les personnages analyser les situations qu’un narrateur/auteur nous raconte.

Les digressions, divagations des protagonistes nous montrent que ce  sont  des  êtres « torturés » de l’intérieur, ils ont des choses à cacher, ils sont parfois leur propre bourreau. Ils sont en quête de qui ils sont vraiment.

On retrouve la notion de « nul n’est innocent »...

Mais que fait la police ? Vous demandez-vous ? Il faut un policier qui marche à l’instinct pour démêler le vrai du faux. Massimo Dionisi de l’autre côté de l’écran Tv va sentir qu’il va se passer quelque chose de grave. Il va faire son enquête mais les protagonistes n’en font qu’à leur tête, leurs cachotteries ne font que le ralentir et le diriger vers d’autres pistes. Il va résoudre l’affaire par un autre biais.

Chaque chapitre correspond à un jour cela commence le 1er octobre. Le 2 octobre c’est page blanche. Paola Barbato ne se contente pas de sauter le jour. Visuellement  cela correspond à un blanc dans les alibis. Cela m’a fait penser à ce que l’autre jour une autrice disait dans une conférence sur l’écriture de l’importance des « blancs » dans les pages, c’est pauses permettaient au lecteur de visualiser une image suggérée par les phrases qui les précédent. Et c’est tout à fait cela.

Un roman policier avec du suspens et des rebondissements. Paola Barbato joue avec qui sommes nous intérieurement et en public, elle va plus loin que la dichotomie intérieur/extérieur.

Je remercie les Éditions Denoël pour leur confiance.

Denoel

 

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