Annie Ernaux

Folio, mars  2018, 168 p., 6,60 €

Mes lectures Folio

G01344

4e de couv. :

Annie Ernaux replonge dans l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, à la colonie de S dans l’Orne. Nuit dont l’onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur son existence durant deux années. S’appuyant sur des images indélébiles de sa mémoire, des photos et des lettres écrites à ses amies, elle interroge cette fille qu’elle a été dans un va-et-vient entre hier et aujourd’hui.

Mon billet :

« Une femme » d’Annie Ernaux,lu il y a quelques années m’a beaucoup marqué. Je m’étais promis de lire d’autres romans d’elle mais l’occasion ne s’est pas présenté jusqu’à aujourd’hui.

Il y a quelques mois, j’ai écouté une série d’émissions sur France Culture dans « La compagnie des auteurs ». J’ai découvert certaines facettes de cette autrice que je ne connaissais pas. Alors me voilà partie dans « Mémoire de fille »

Ce roman aborde la thématique de la mémoire, cette question sur la reconstruction des souvenirs,  est un sujet qui m’intéresse beaucoup.

Je suis époustouflée de voir tout ce qu’elle arrive à faire ressortir de son passé, ou du moins à donner au lecteur l’impression que c’est vrai. Elle a les supports comme in agenda, une partie de sa correspondance (récupérée ces dernières années), des photos, da mémoire. Elle ne nous le présente  pas  comme des souvenirs nostalgiques. C’est un véritable questionnement sur la personne qu’elle était à l’époque et celle qu’elle est devenue qui porte un regard sur le passé. Elle analyse, décortique chaque élément. C’est aussi une façon de remettre les filles dans une époque un contexte et ses relations aux autres.

Pourquoi choisir, ce moment de sa vie ? Parce que c’est un moment clé dans sa vie de femme. Elle peut dire qu’il y a eu un avant et un après cet été là.

Elle ne cherche pas à embellir la situation ou à se donner le beau rôle. Avec l’autofiction on a une tendance à n’épargner personne.

C’est très étrange et intéressant la manière dont elle revient sans cesse à ces mois d’Août-septembre 1958 et les conséquences de ce qu'elle a vécu.

Elle porte un regard sur ses rapports à la famille, à la religion,  à son milieu social, à sa place de fille/femme,  aux autres jeunes, sans complaisance. Elle vit avec son temps et elle compare avec les filles d’aujourd’hui.

Le contexte politique n’est pas négligeable, mais elle nous précise bien qu’à l’époque cela ne faisait pas partie de ses préoccupations.

On pourrait penser que l’aspect très personnel laisserait le lecteur en marge et bien ce n’est pas le cas certaines préoccupations ou certains raisonnements  rejoignent certaines de mes propres pistes de réflexions.

Ce roman n’est pas un simple récit des évènements qu’elle a vécu. Pour chaque souvenir il y a des interrogations sur son travail d’écriture, sur sa façon d’aborder les problèmes etc. On n’est pas dans pourquoi j’ai dit ça ou j’ai réagi ainsi, non s’est autres chose.

Ce travail de reconstruction du passé m’a fait penser à Patrick Modiano qui a ses propres obsessions, mais c’est très différent dans le rendu.

Je remercie les Editions Gallimard- Folio pour m’avoir incité à lire ce roman.

 

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