Edouardo Halfon

Trad. : David Fauquemberg

Editions de la Table Ronde, avril 2018, 153 p., 15,80 €

 

Mes lecture de la Table Ronde

 

deuils4e de couv. :

«Tu n’écriras pas là-dessus, m’a demandé ou ordonné mon père, l’index levé, le ton à mi-chemin entre la supplique et le commandement. J’ai songé à lui répondre qu’un écrivain ne sait jamais sur quoi il écrira, qu’il ne choisit pas ses histoires mais que ce sont les histoires qui le choisissent, qu’il n’est rien de plus qu’une feuille sèche dans le souffle de sa propre narration. Par chance, je n’ai rien dit. Tu n’écriras pas là-dessus, a répété mon père, d’un ton désormais plus ferme, presque autoritaire. J’ai senti le poids de ses mots. Bien sûr que non,
ai-je dit, peut-être sincère, ou sachant déjà qu’aucune histoire n’est indispensable, qu’aucune histoire n’est nécessaire, sauf celles que quelqu’un nous interdit de raconter.»

L’histoire interdite est ici celle de Salomón, le frère de son père, qui se serait noyé, enfant, dans le lac Amatitlán. Et l’enquête familiale dans laquelle Eduardo Halfon nous entraîne est vertigineuse.

 

Ma chronique :

Voilà un titre peu engageant me direz-vous ? C’est pourtant ce qui a attiré mon attention. Le fait que « Deuils » soit au pluriel cela donne presque une distanciation. On vit tous avec nos fantômes !

D’autres paramètres sont entrés en compte dans mon envie de découvrir ce livre. L’auteur est guatémaltèque. On entend peu d’échos des auteurs d’Amérique hispanophone.

Ensuite vient la quatrième de couverture : «  Tu n’écriras pas là-dessus, m’a demandé ou ordonné mon père, l’index levé, le ton à mi-chemin entre la supplique et le commandement. » Cette injonction faite à  l’écrivain interpelle le lecteur curieux…  de quoi ne doit-il pas parler ?

Est-ce que l’écrivain ou du fils va prendre la décision de se conformer ou pas à cette demande ?

C’est un roman que j’ai commencé dès que je l’ai reçu. Ce devait être le temps d’un café, juste voir comment il se présentait… et puis tout à coup j’ai réalisé que j’avais lu une bonne vingtaine de pages. J’ai mis de côté les activités que je pouvais reporter et j’ai continué à lire et à m’interroger. Il est entré en résonnance avec mes interrogations intimes. Je l’ai fini cette nuit là. Et puis, il a continué à faire son chemin en moi.

Ecrire cette chronique est devenu de plus en plus complexe, voilà quinze jours que mon stylo tourne en rond. Elle était sensée paraître le 5 avril pour la sortie du roman…

Au fur et à mesure que l’histoire avance, nous avons de plus en plus de thèmes qui viennent se greffer. On pourrait résumer en disant : « Ah la famille ! » et on aurait une image du thème principal. Et de là on a tout les autres sujets qui sortent de tous les non-dits ou mal-dits.

Le texte se présente soit dans une narration continue où l’auteur nous raconte les grandes lignes de sa vie et de sa famille. On a un va et vient entre l’intime et l’ouverture plus grande qui va embrasser la vie de plusieurs personnes. En contrepoint il développe certains points cruciaux. On retrouve des éléments qui se rapportent à la vraie vie de l’auteur. Ce mêle à cela certainement une part de construction romanesque.

Ce type d’écrit rejoint forcément la thématique de la mémoire. Qu’en est-il vraiment de nos souvenirs d’enfance ? Les avons-nous imaginez ou recréés ? Les adultes ne se rendent pas toujours compte de ce qu’ils transmettent à la génération suivante. Il est facile après de dire que l’enfant fabule. Le doute persiste, perturbe, modifie une trajectoire. C’est ainsi que dans une fratrie chacun à un souvenir différent des événements passés.

Il y a une partie de suspens, dans sa quête. Y a-t-il un secret de famille ? Ou finalement rien de concret ? On le suit pas à pas dans ce cheminement complexe. A force d’interroger le passé il va remettre en place certaines pièces du puzzle plus vaste…

Un texte court mais intense quand on fait le tour de tout ce qu’il extrait de sa mémoire. L’Histoire s’invite parfois dans la petite histoire.

Un roman  très intéressant. On sent un travail littéraire offre une richesse pour qui sait regarder derrière la narration.

Je remercie les Éditions De la Table Ronde pour leur confiance.

table ronde

 

 

Qui en parle ?

Mille(et une) lectures de Maeve