Camille Brissot

Editions Syros, 5 avril 2018, 484 p., 17,95 €

Mes lectures Syros

ceux des limbes4e de couv :

Du haut du Mont-Survie, Oto admire chaque jour la forêt qui l’encercle à perte de vue. Elle est si belle qu’il en oublierait presque ce qui se tapit sous les arbres. Mais lorsque la montagne s’endort, que les lumières s’éteignent et que les voix s’effacent, le vent résonne d’un chant inhumain, effroyable : le gémissement des limbes, les victimes de l’épidémie. Bientôt, Naha devra passer plusieurs jours et plusieurs nuits dans la forêt. Oto refuse de rester cloîtré en espérant le retour de celle qu’il aime plus que tout. Quitte à être une proie de plus, il va sortir lui aussi.

Ma chronique :

J’ai découvert cette autrice avec « la maison des reflets » un livre très particulier qui j’avais adoré de par le fond et la forme. Alors je n’attendais qu’une occasion pour retenter l’expérience…

J’ai reçu ce roman en avant-première et je l’ai dévoré.

C’est un roman à la première personne. Les personnages principaux sont des adolescents de 15 ans.

C’est un roman post-apo. On découvre un monde aux ruines multiples. Une société à survécu à une terrible épidémie en s’isolant sur une montagne. Il reste très peu de gens qui ont connu le monde d’avant. C’est une société pyramidale. Ceux qui vivent tout en bas sont les plus mal lotis, ce sont les plus démunis et méprisés, plus on monte plus on va vers les privilégiés.

Notre narrateur a une position sociale à part. Il a commencé par le plus bas puis a été propulsé tout en haut malgré lui. Il a choisi une position intermédiaire pour essayer de trouver sa vraie place.. sa sensation de liberté qui entoure son cas est toute relative. Il y a la notion de rejet puisqu’il ne fait parti d’aucun clan et qu’il a refusé de rester en haut de la pyramide. Pour la plupart c’est le traitre, l’ingrat. C’est très intéressant de le suivre d’une part parce qu’on découvre cette hiérarchie qui permet de maintenir cette société. Nos n’avons pas à faire à la première génération, ces jeunes que l’on va suivre sont tributaire du savoir des adultes de la « montagne ». Difficile de se faire sa propre opinion sur le monde qui les entoure puisqu’ils n’y ont pas accès. Difficile de se révolter face à l’ordre établi.

Le lecteur a de quoi s’interroger. Les informations nous sont distillées petit à petit. Est-ce que les dirigeants cachent des choses à la majorité de la population ? Qu’en est-il réellement  de la vie à l’extérieur ? Y a-t il d’autres survivants ? Est-ce qu’on cherche à maintenir ce monde clos ? Si oui pourquoi ? Est-ce que la situation peut continuer ainsi ?

Après la vie à l’intérieur avec les antagonismes entre les dirigeants et entre adolescents. On va avoir la phase aventure à l’extérieur.

Il y a un rituel initiatique qui veut que tous les jeunes de 15 ans par petit groupe fassent une sortie dangereuse mais assez encadré et planifiée. Elle est potentiellement mortelle. Il y a peu de risque que ces jeunes « formatés » veuillent allez au-delà des limites autorisées.

Bien sûr cette fois-ci ne va pas être comme les autres. On interdit à notre héros d’y participer. Alors que son principal rival va partir avec son amoureuse. Je vous laisse découvrir les tensions qui entourent ses jeunes gens avant le départ. Démonstration de pouvoir,  de confiance…

Qui dit groupe dit organisation et interactions entre les participants. Ils viennent de toutes les strates de la société. Il y a ceux qui sont préparés et ceux qui  ne le sont pas, il y a ceux qui ont l’équipement adéquat et ceux qui ont du faire du recyclage.

Quitter la montagne protectrice c’est aussi révéler ce sont  capables ces jeunes gens. On va les voir agir en situation de stress extrême et affronter leurs peurs intérieures. C’est aussi l’occasion de règlements de comptes. Alors nous aurons de nombreux rebondissements et des surprises.

Dans ce roman Camille Brissot traite aussi de la mémoire, des séquelles, des absences. De ce qui est caché au fond de nous. Les rêves, les intuitions donnent un côté mystérieux à ce qui se passe à l’intérieur de la Montagne ou dans le monde qui entoure ce lieux protégé. C’est aussi un moyen de faire ressurgir le passé.

Il y a les vivants et les morts, entre les deux ceux des limbes. C’est assez mystérieux ce monde de morts-vivants. On a la sensation d’un monde de brume, comme si un écran de fumé nous masqué des choses.

On a une forte présence de l’élément terre. La Montagne, les caves et les souterrains, les ruines à l’extérieur formées de pierres et de béton, ces arbres aux racines potentiellement dangereuses. On a ces images de champignons, d’humus, de terre en décomposition, de mort latente. L’atmosphère est asphyxiante et oppressante par moment. La peur est palpable.

L’eau, on la retrouve avec la pluie, les ruisseaux, elle n’apporte rien de bon, elle apporte les sangsues ou éveille des sentiments négatifs (la nudité dans la scène du bain par exemple).

L’élément air, j’ai cru qu’il jouerait un rôle plus important avec la notion de sommet de la Montagne et la présente des oiseaux et oiseleurs. Sans parler de la présence du rêve et des odeurs. Finalement il a peut de chance de s’évader par le haut !

Dans l’ensemble les personnages sont assez malmenés par l’autrice, au point que le narrateur se fait souvent la réflexion « qu’est-ce qui va encore m’arriver ? » avec une énumération de toutes les catastrophes  qu’il a subit depuis dix ans. Quand à moi je n’ai pas arrêté d’écorcher son nom. « Otolan » est devenu « Ortolan », la faute à la volière !

La mémoire d’Oto va se débloquer par à-coups, on aura donc des passages en italiques pour bien marquer la frontière entre le passé et le présent. Il faudra attendre la fin pour avoir certaines réponses. Le chemin initiatique d’Oto avec ces différentes épreuves va l’aider à extraire de ces propres  « limbes » ce qui a causé ses blocages. On va découvrir sa vie d’avant.

Les interactions entre les personnages sont très intéressantes. Plus on avance, plus elles s’intensifient. On a des monté de tension. On attend la catastrophe. On sent l’électricité dans l’air. Les rivalités, les jalousies, les tensions cachées, la colère, la haine tout nous prépare à un drame.

On se demande si la révélation de certains secrets, les actes héroïques ou dramatiques vont être à la hauteur de l’attente…. Pour moi cela a fonctionné car j’ai été happée par cette histoire. J’ai eu du mal à lâcher les personnages.

J’ai été peinée par certaines pertes alors que d’autres… Cela fait partie des voyages initiatiques.

La thématique de l’amitié, de l’amour et des trahisons sont aussi bien entendu présente. L’idée de solidarité et d’entraide affrontent l’individualisme et la soif de pouvoir. C’es ce qui fait qu’on s’attache plus ou moins à certains personnages.

Je suis triste d’être arrivée à la fin, j’aurais aimé que l’histoire continue… ils ont mis en mouvement certaines choses alors ont voudrait voir comment tout va évoluer…

J’ai failli oublier l’effet traitre des chapitres courts. On se dit allez entre « un » et puis encore « un autre »… De quoi finir en nuit blanche ! Cela peut aider certains lecteurs qui auraient peur de lire presque 500 pages… moi je ne les ai pas vu passer…

J’arrête là car il ne faudrait pas dévoiler l’essentiel ! Tout ce qui touche à « ceux des limbes » etc.

J'ai été conquise par le rythme, la vivacité des répliques, les interactions entre les personnages, l'intérieur et l'extérieur, le haut et le bas ainsi que la construction de cet univers.

Je remercie les Editions Syros pour leur confiance.

syros

 

kokeshi coup de coeur

De la même autrice :

maison des reflets