Fiona Melrose

Trad. Édith Soonckindt

Editions de la table ronde, février 2018, 304 p., 22€

Mes lectures de la Table Ronde

midwinter

4e de couverture :

Landyn Midwinter et Vale, son fils, agriculteurs dans le Suffolk, sont des hommes du terroir. Face à la concurrence des grandes entreprises ils doivent lutter pour garder leur propriété. Mais un combat plus profond et plus brutal est à l'œuvre depuis la mort tragique de Cecelia, épouse et mère adorée, dix années auparavant en Zambie ; un passé jusque-là enfoui, non dit, retranché derrière la maladresse et la douleur des deux hommes. Lors d'un hiver particulièrement éprouvant, Landyn et Vale affrontent enfin le souvenir qui les hante, et mettent à l'épreuve Ie fragile tissu de leur relation.
Un premier roman sombre et magistral.

Mon billet

J’ai choisi ce roman car il traite de la relation père-fils. Le titre aussi a joué un  rôle. Je ne suis pas anglophone alors j’ai trouvé le titre très intrigant qu’est-ce que cette moitié-d’hiver ou cœur de l’hiver ?

D’ailleurs au cours de la narration on découvre que des voisins en Afrique n’ont jamais pu les appeler ainsi mais en transformant Mid en prénom et Winter en nom de famille,  car pour eux cela avait un rapport avec la météo. J’ai cherché et j’ai trouvé que c’était une fête dans l’hiver australe au 21 juin.

La narration se déroule en hiver, il fait froid, il neige, alors que la nature se met en sommeil les mauvais souvenirs refond surface.

La narration se fait à travers le regard du père et du fils. On ne peut se tromper de narrateur, car chaque chapitre porte le nom du narrateur et parce qu’ils n’ont pas du tout la même façon d’aborder le problème. De plus lorsque le père parle il nous raconte l’Afrique avec  une texte qui utilise une autre police de caractère.

Dans l’ensemble, c’est une narration au présent. On est dans l’enchaînement des événements actuels dans cette partie Suffolk.

J’ai tout de suite été happée par l’ambiance de forte tension émotionnelle. Toute cette violence contenue. On a de l’électricité dans l’air comme avant une tempête. On sent qu’il va se passer un déchaînement des éléments et des sentiments.

On commence par une soirée arrosée qui se finit en drame. Fiona Melrose a su y mettre toute l’intensité nécessaire pour qu’on ait envie de connaître la suite.

Depuis des années des conflits et des non-dits familiaux dus à la  l’assassinat de la mère couvent  dans la famille Midwinter tout va sortir. Cette émergence va se faire tout azimut. Mais Fiona Melrose maitrise les informations et nous les distille pour bien mettre en place les éléments, elle joue avec des crescendos et des points de ruptures.

Il y est question de deuil. Les années ont passé depuis la mort violente de la mère, mais ni le père, ni le fils n’ont accepté les faits. Le passé n’est pas mort et enterré. Le père continue à voir sa femme à travers la présence d’une renarde qui vit près de chez eux. Il se raccroche à cette idée. Le fils quand à lui engrange de la haine envers son père qu’il tient pour responsable de cette mort.

Ce roman est très intéressant car il nous montre comment au fil des ans une communauté où les hommes sont plus ou moins seuls (veufs, divorcés, célibataires) ont dû apprendre à s’épauler. On découvre la vie assez dure de ses agriculteurs qui vivent surtout grâce à la solidarité entre eux. Un monde de taiseux. Ce roman parle de manière implicite de la dégradation économique de cette région. Ça m’a fait penser au monde de Steinbeck avec des hommes qui essaient de survivre en partant ou en s’endettant. Il y a d’un côté  ceux qui partent et de l’autre ceux qui sont restés. Que deviennent ceux qui partent et reviennent encore plus malheureux ? Landry a su reprendre sa place au sein de sa communauté parce qu’il est  un enfant du pays, parce qu’il doit élever son fils , parce qu’il est comme un animal blessé qui est revenu à sa tanière pour reprendre des forces.

C’est là qu’il a pu voir qui étaient ses vrais amis. Et justement l’amitié est un des sujets très important de ce roman.

Vale et Tom sont comme deux frères. Tom venait se réfugier chez les Midwinter lorsque les choses allaient mal chez lui mère qui a perdu la tête et son père alcoolique et violent. Autant petit Vale venait compenser la violence de Tom autant depuis son retour Vale est encore plus violent que Tom. Ils sont tous les deux dans l’autodestruction.

Les rôles ne se sont pas inversés, ils se sont complexifiés. Ils n’arrivent pas toujours à protéger l’autre alors qu’ils n’arrivent pas s'autogérer. Après l’accident entre culpabilité et souffrances morales et physiques.

Il y a en arrière plan la thématique du handicap physique et mental. Et de tous les estropiés de la vie.

La présence de l’alcoolisme associé aux problèmes économiques et à la solitude cela donne une situation critique.

Ce roman c’est une histoire d’hommes dans la tourmente. La rage, la haine, la colère et la culpabilité font faire se développer. On a l’ombre du suicide qui rode. La mort rode comme si elle avait besoin de recevoir son tribu ?

Comment sortir de l’impasse ?  Faut-il tout laisser tomber ? se battre ou lâcher prise ?

J’ai beaucoup aimé la fin, émouvante et forte. Elle est pleine de symboles et de promesses. Demain est un autre jour…

Un premier roman très intense. Un coup de coeur !

J'arrête là pour ne pas trop en dire et vous laisser découvrir la finesse de l'écriture de Fiona Melrose. J'ai hâte de lire son prochain roman...

Je remercie les Éditions de la Table Ronde pour leur confiance.

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