Suzanne Hayes & Loretta Nyhan

Trad. Nathalie PERRONY

Editions Pocket, 2015 , 416 p., 7,80 € 

 

Club de lecture AUF

Cercle littéraire de la Médiathèque

 

petites recettes4e de couv. :

Deux femmes que tout sépare nouent une relation d’amitié extraordinaire au fil de la plume, et racontent ainsi leur Seconde Guerre mondiale.

États-Unis, années 1940. Glory, enceinte et déjà mère d’un petit garçon, souffre de l’absence de son mari, parti au front, de l’autre côté de l’Atlantique. À des centaines de kilomètres d’elle, Rita, femme et mère de soldat également, n’a pour compagnie que la fiancée de son fils.
Une lettre, envoyée comme une bouteille à la mer, va les réunir. Entre inconnues, on peut tout se dire. Les angoisses, l’attente des êtres aimés, mais aussi les histoires de voisinage, les secrets plus intimes et les recettes de cuisine. Les petites joies qui font que, dans les temps les plus difficiles, le bonheur trouve son chemin.

 

Ma chronique :

Ce roman entre dans ma série « femmes américaines de 1940-1980 ».

Nous allons découvrir deux femmes qui vont devoir changer leur vie de part les circonstances historiques mais aussi par la prise de conscience de leur pouvoir. Gloria (Glory) à une petite vingtaine d’année et deux enfants à charge. On apprend qu’elle a des moyens financiers hérités de ses parents et une certaine culture. Son mari fait aussi parti des notables de leur ville. Robert est engagé comme sergent.

Marguerite (Rita) est épouse de Salvatore (Sal) un biologiste universitaire parti en tant que médecin sur le front (Afrique du Nord et Italie) et mère d’un jeune homme de 18 ans Tobbie (dans le Pacifique).

On va découvrir à travers leurs lettres leur univers et les gens qui les entourent.

Elles vont être confrontées à leur féminité et leur engagement moral. L’une va se mettre à travailler et se faire un nom. L’autre va renouer avec le passé activiste de certaines femmes de sa famille. Tout en résistant aux tentations.

Les hommes au front et les femmes au travail… et que se passera t-il après la guerre ?

On a pas attendu internet et les réseaux sociaux en ligne pour qu’existent les réseaux sociaux et le courrier postal. C’est liaisons ont été mises en place pour maintenir une certaine stabilité dans certains milieux, sortir de l’isolement et du désœuvrement. C’est là qu’interviennent les communautés de femmes. Il ne faut pas qu’une fois les hommes au front les femmes soient complètement livrées à elles même. Autre époque autre mœurs.

C’est femmes n’ont pas le même âge, ne viennent pas forcément des mêmes milieux mais elles ont une base culturelle suffisante maintenir l’ordre. Elles vont vivre des situations qui sortent de leurs attributions habituelles, elles doivent gérer les pénuries, leur famille et leur communauté. Au départ elles devaient s’échanger des recettes et remonter le moral.

Nous allons suivre la construction d’une amitié, lettre après lettre, mot après mot. Elles vont se raconter, mettre à jour certaines choses du passé et affronter les nouvelles peurs, leurs colères, leurs doutes et leurs faiblesses. Cela aura un effet thérapeutique, introspection et analyse. Certaines lettres ne seront pas envoyées.

Elles sont honnêtes avec elles-mêmes et avec l’autre. La peur du jugement de l’autre est vite passé en arrière plan.

Elles vont écrire qui à leur mari, qui à leur fils… et une autre personne. On connaitra une partie de leur réponse grâce aux lettres suivantes, mais pas de façon directe.

Dans les échanges entre Glory et Rita on a vraiment la lettre et sa réponse sauf cas de force majeur. On va voir se développer un ensemble de valeurs telles que la tolérance, le non-jugement, et la franchise, la sincérité.

J’ai cru que nous aurions d’autres rencontres avec les autres femmes qui font partie des correspondantes de guerre. Mais non, une fois les adresses distribuées, on ne sait pas comment cela se passe avec les autres.

Cet échange de correspondance va au-delà du soutien moral entre femmes seules. On verra notamment que certaines femmes doivent se montrer encore plus patriote que d’autres.

On retrouve un sujet auquel, je n’avais pas  pensé jusqu’à il y a quelques années lorsque j’ai lu « Certaines n’avaient jamais vu la mer ». Les Etats-unis sont formés d’une multitude d’immigrant, mais certains du coup se retrouvent dans le camp ennemi de par leur nationalité d’origine, donc la suspicion peut compliquer les rapports aux autres. Il va aussi être question de camps de prisonniers allemands sur le sol américain.

On va donc passer de conseil de maternité/maternage et autres problème domestique à des problèmes plus politiques et complexes.

On découvre une société américaine avec la place de la communauté religieuse, comment tout tourne autour de la paroisse que vous fréquentez car il y a tout un tissu « associatif » qu’elle engendre.

Quand est-il des hommes ? Il y a ceux qui sont partis, ceux qui sont restés et ceux qui sont revenus mutilés avant la fin de la guerre. Je ne parle que de ceux en âge de s’enrôler. Cela crée des situations parfois compliquées car la vie continue son cours.

J’adore le genre épistolaire car grâce aux dates on a une relation à l’espace et au temps qui donne une autre dimension aux vies qui sont racontées. Cette façon indirecte de raconter l’histoire donne une autre dimension aux événements.

On n’est pas dans un système binaire (question/réponse), on n’aura pas  systématiquement la réponse dans la lettre suivante. D’ailleurs parfois il y aura plusieurs lettres du même expéditeur.

Ce roman épistolaire aborde de nombreux thèmes et pas seulement celui de la guerre et de la mort, ainsi que tous les dérivés.

La palette des sentiments est assez vaste pour raconter leur vie sans tomber dans le pathos. Il y a aussi de l’humour.

Si on y regarde de tout près cela parle de vies quotidiennes ordinaires, elles sont riches de petits détails que parce qu’on y fait très attention.

Les personnages sont tous très attachants et touchants, avec leurs forces et leurs faiblesses. On va les voir évoluer au fur et à mesure que les mois passent. Tous les personnages vont vivre des choses qui vont bouleverser leur vie.

C’est un joli coup de cœur pour moi.

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