Ginevra Lamberti

Éditions  du Serpent à Plumes,  Août 2017, 221 p., 18 €

trad. Irène Rondanini & Pierre Bisiou

Rentrée Littéraire 2017

avant tout

4 e de couv. :

Gaia est Gaia. Gaia habite une sublime vallée italienne où les vieilles femmes persécutent les limaces. Puis Gaia rejoint Venise où les petits chefs des centres d’appels persécutent les étudiantes en langues rares dans son genre. Gaia a un père facétieux quoique fragile. Gaia a une mère patiente mais pas que. Gaia aime les chats et vit en colocation. Gaia n’est peut-être pas hypocondriaque mais est certaine plusieurs fois par semaine d’être victime d’un infarctus, notamment. En somme, Gaia c’est toi ou si ce n’est toi c’est donc ton frère, ta sœur, ta fille ou ta voisine, cette personne humaine magnifique, drôle et d’une énergie rare, cette délicieuse joie.

Mon billet :

Lorsqu’on m’a proposé ce roman j’ai tout de suite craqué pour le titre. C’est un premier roman alors je ne connaissais pas l’autrice, je sais juste que c’est une jeune italienne.

Ne pensez pas lire un roman à tendance développement personnel  comme on en voit en ce moment et comme pourrait le suggérer le titre.

Il y a des  livres qui vous séduisent dès les premières lignes… « Aujourd’hui je me suis levée, j’ai ouvert la porte de chez moi et je suis sortie dehors, dans la vallée où je vis. » Je ne sais pas pourquoi mais j’ai ouvert la porte avec elle… Des variantes de cette phrase vont revenir…  En ouvrant une porte il y a tant de possibilités va-t-elle rester sur le seuil  ou aller plus loin? Quelqu’un va-t-il entrer ou sortir ? va-t-elle à la rencontre de l’autre ou l’autre viendra t-il à elle ?

La narratrice, Gaïa est une jeune femme qui finit sa thèse et qui veut rentrer dans la vie active. Mais elle porte un regard sur sa vie et la vie en général,  assez particulier et pas très tendre.

J’ai tout de suite accroché à l’humour qui se dégage de sa façon de raconter. Elle ne le fait intentionnellement, mais son côté hypocondriaque et sa vision décalée du monde apparaissent presque caricaturaux. Elle parle sérieusement, elle y croit (quoique le doute persiste).  Le lecteur se retrouve à sourire de choses qui sont plutôt tristes. Elle a un côté asocial ce qui donne des rencontres avec des gens aussi « barrés » quelle.

Gaïa met dans sa façon de raconter les choses  une certaine distance. Par exemple,  elle utilise les termes « géniteur et génitrice » pour « père et mère ». On découvre une jeune femme actuelle qui doit retourner vivre chez sa mère pour des raisons économiques. Elle étudiait à Venise et se retrouve au fond d’une vallée qu’elle nous présente presque comme le fond d’un puits.

On rit, alors qu’elle nous raconte ses crises d’angoisse en pleine nuit. Elle fait du chantage affectif pour qu’elle l’accompagne aux Urgences… elle pourrait avoir une carte de fidélité. Elle repart parfois plusieurs heures plus tard avec un médicament qui lui fait voir de drôles de choses… On découvre la détresse humaine mais s’en s’y attarder. Gaïa a une famille assez perturbée et elle n’est que la continuité de ces faiblesses psychiatriques.

Gaïa nous présente Venise hors circuits touristiques. C’est l’Italie contemporaine loin des clichés. Elle nous parle de la jeunesse qui étudie n’importe quoi pour avoir l’impression de faire quelque chose.

On va ensuite la suivre dans son parcours professionnel du télé marketing dans les zones industrielles. Elle nous raconte les manipulations au sein de ces entreprises très hiérarchisées, comment on frôle l’arnaque pour un salaire de misère. Précarisation de la jeunesse.

Ce roman aborde les thèmes de l’évolution psychologique au sein d’une famille fragilisée, au bord de la rupture. On pourrait généraliser cela à la société.

Gaïa enfant avec des parents déjà avec des soucis psychologiques, Gaïa étudiante cherchant sa place et sa voie, Gaïa jeune femme n’attirant que des jeunes gens perturbés comme elle, Gaïa qui a une grand-mère que est morte après une phase de sénilité. Son père qui depuis longtemps fait des séjours en « maison de repos », complètement irresponsable…

Je vous disais que le côté autodérision et ironie nous faisait sourire, voire rire d’une rire nerveux, mais petit à petit une certaine gravité s’installe est on finit bouleversé par les événements. C’est un peu comme si au fur et à mesure on s’imprégnait de cette ambiance délétère.

« Avant tout, se poser les  bonnes questions » c’est aussi grandir, devenir adulte et faire ses propres choix pour sortir du marasme psychologique et économique.

On sent qu’un pas est fait entre le début et la fin de ce roman. Il y a de l’espoir. Certaines scènes m’ont bien marquée.

Je connais assez peu le catalogue de cette maison d’édition, mais avec ce roman on sort des sentiers battus.

Je remercie les Éditions du Serpent à Plumes pour cette jolie découverte de la rentrée littéraire 2017.

serpent à plumes

 

challenge2017

 (Carte postale littéraire en construction)