Jessie Burton

Folio, mars 2017, 513 p., 8,20 €

Mes lectures Folio

miniaturiste

4e de couv. :

Nella Oortman n’a que dix-huit ans ce jour d’automne 1686 où elle quitte son village pour rejoindre à Amsterdam son mari, Johannes Brandt. Homme d’âge mûr, riche marchand, il vit dans une opulente demeure entouré de ses serviteurs et de sa sœur, Marin, une femme restée célibataire qui accueille Nella avec une extrême froideur. Johannes offre à son épouse une maison de poupée représentant leur propre intérieur, que la jeune fille entreprend d’animer grâce aux talents d’un miniaturiste. Les fascinantes créations de l’artisan permettent à Nella de mettre peu à peu au jour de dangereux secrets… 

S’inspirant d’une maison de poupée exposée au Rijksmuseum d’Amsterdam, Jessie Burton livre ici un premier roman haletant, et dessine le portrait d’une femme résolument moderne, déterminée à affirmer son existence dans un monde hostile, où la rigueur morale le dispute à l’intransigeance religieuse.

Mon Billet :

Tout d'abord un petit mot pour dire que cette couvertures est magnifique avec ce reflet inversé dans l'eau qui fait penser à l'effet miroir de ce roman et sur ce monde caché derrière des façades qui semblent solides.

C’est un roman bien étrange qui vous happe dans son monde.

Dans un premier temps, on se dit qu’on va découvrir la vie d’une jeune fille venue d’une petite ville rejoindre son mari, un riche négociant d’Amsterdam. On pense qu’on va voir évoluer cette jeune fille de province dans les années 1680. Puis on réalise très vite qu’il y a quelque chose qui sonne faux dans ce début d’aventure… Dès son entrée en scène rien ne se passe comme prévu. Petronella va devenir le petit grain de sable qui va enrayer la bonne marche de ce monde.

La maison nous apparaît comme une scène de théâtre ou comme ses tableaux de l’école hollandaise  dans le décor. On a l’impression de pénétrer dans une boîte gigogne qui en cache une autre… On va de découverte en découverte dans ce petit univers clos.

Jessie Burton a créé des personnages avec des jardins secrets qui sont tous répréhensibles par les lois en vigueur à l’époque. Nous avons la religion qui régit de plus en plus la vie de la cité.

L’ouverture vers le reste du monde est surtout dû au commerce et cela a une influence sue la vie à Amsterdam. Il y a ceux qui ont voyagé et ce sont battus pour conquérir d’autres terres et ceux qui son restés. Quand aux étrangers ils ne sont pas bien vus.

J’ai adoré tout ce qui touche aux épices. Elles sont omniprésentes dans la vie quotidienne. Dans les plats, dans les enjeux politiques et sociaux. L’épisode du sucre montre les ramifications dans la société néerlandaise.

-          Héritage colonial au Surinam

-          Héritage et transmission. Du père à la fille et de la fille au mari.

-          Exploitation et exportation

-          Raffinage et négociations

-          Spéculation sur les marchés européens / Pas de guilde qui contrôle le sucre.

-          Le trafique de sucre coupé avec de la farine et autres denrées moins chères

-          Pénurie ou contrôle du sucre sur le territoire.

-          Objet de vengeance et moyen de pression, voire de chantage.

-          Sucre et religion : le péché de gourmandise, convoitise et luxure.

Les différents acteurs de cette tragédie forment une toile dans la ville, où qu’aille Nella elle en entendra parler.

Ce roman nous fait plonger vers l’infiniment petit ou l’infiniment intime. On nous présente le pays, ensuite la ville d’Amsterdam, les quartiers, la maison, la chambre. A partir de cette dernière on a la cage d’oiseau qui apparaît, la maison miniature et le jeu pervers qui s’instaure, le trou de serrure qui nous pour nous parler du corps.

Lorsqu’on nous parle des quartiers son découvre que les maisons apparaissent sou le signe de… comme une enseigne qui porte un symbole.

Et puis il y a l’eau, mon thème de prédilection, dans cette ville de canaux elle va être omniprésente. C’est un moyen de transport par voie navigable, peu de circulation lorsque la glace fige l’eau. Lieux d’exécutions puisqu’on y noie les prisonniers et notamment les homosexuels. Le gel fait remonter à la surface ce qui a été enfoui… il apparaît un parallèle avec Venise. Qui dit port dit mers du monde entier... Le monde des cartes et de l'inconnu... le danger à nos portes...

On en revient à ce que l’on veut cacher à tout prix. Derrière les murs de ces riches bâtisses se jouent des drames intimes. Alors qu’on est dans un univers maîtrisé où on ne montre pas ses sentiments, les passions se déchaînent.

Jessie Burton nous décrit des scènes très visuelles, avec une intensité dramatique qui laisse le lecteur pantois. Elle a une écriture qui sait traduire cette montée en puissance avant la chute.

Dans cette fresque, on voit la variété de la société néerlandaise. Chacun prisonnier de sa condition et du diktat de la religion. L’esclave noir affranchi, les homosexuels, les arrivistes qui font des mariages de raison, chacun vit plus ou moins caché.

Les femmes : on a les orphelines, servantes, les épouses, veuves, mères… mais  aussi les vieilles filles et autres vierges sacrifiées…

Chacun à son rôle à tenir et forment une toile comme ses tapisseries qui masquent les murs humides des grandes demeures.

J’ai beaucoup aimé la petite touche de fantastique qui vient tout chambouler… c’est la particularité de ce roman historique.

En fin de volume il y a des documents très intéressants :

Un glossaire qui permet d’émailler le texte de mots néerlandais sans avoir des notes en bas de page.

Les comparaisons des salaires à la fin du XVII °siècle à Amsterdam

Les Frais d’un ménage riche à Amsterdam à la fin du XVII °siècle à Amsterdam

Cela ne fait que confirmer que Jessie Burton est partie d’une base documentaire très importante.

Ce roman c’est révélé être un coup de cœur par sa richesse et son intensité d’émotion.

Je remercie Folio de leur confiance.

folio

 

kokeshi coup de coeur