Benoît Severac

Editions Syros, mars 2016, 202 p., 13,95 €

Mes lectures Syros

 

 

little sister

4e de couv. :

Du haut de ses seize ans, Lena fait preuve d’une assurance étonnante. Pourtant sa vie est loin d’être simple. Lena Rodriguez, c’était son nom avant. Sa nouvelle identité, elle ne peut la révéler à personne… Lena a convaincu ses parents de la laisser partir seule quelques jours à Cadaquès, chez son oncle et sa tante catalans. Elle ne leur a pas tout dit. Là-bas, elle a rendez-vous avec Ivan, son grand frère que personne n’a vu depuis quatre ans… depuis qu’il est parti, sans explication, faire le djihad en Syrie

Vie de lectrice :

Ce livre a été publié il y a un an et pour diverses raisons je ne l’ai pas lu. Une des raisons tenait au thème qui me faisait un peu peur, trop d’actualité, trop réel, je ne sais pas comment l’expliquer. De plus la perte du frère cela me touche. Je pense qu’il ne faut se forcer qu’il faut se sentir prêts pour un livre. Quand il s’agit de partenariats je préfère partir sur de bonnes prédispositions car dire après l’avoir reçu « ce n’est pas un livre pour moi » cela me gêne, bien sûr tous les livres que l’on reçoit ne vont pas forcément nous plaire…

Cette année il y a eu des changements dans ma perception, un certain recul peut-être. Le premier signe a été quand ma « little sister » à moi m’a demandé si je l’avais lu, elle a titillé ma curiosité. De plus samedi 13 et dimanche 14 mai 2017 (dans deux jours) Benoît Severac vient au Salon du Livre du Grand Narbonne… Je compte y aller et rencontrer un auteur de mon partenaire les Éditions Syros.

Bon ce n’est pas tout ça mais est-ce que j’ai aimé ?

Version courte :

J'ai beaucoup aimé la couverture de ce roman au premier plan cette gamine avec le regard qui porte loin, jusqu'où ? en en bas presque en arrière plan cet homme armé et le bateau d'où il vient de débarqué. Le bleu est-ce la sérénité, l'espoir ou le bleu de la mer méditerranée ?

Little Sister est un roman jeunesse qui parle des conséquences de la radicalisation en France sur une famille d’origine espagnole. C’est encore pire que la perte d’un enfant que de savoir que son fils est devenu un monstre capable de toutes les exactions. Pour cette « little sister » adolescente se sont les pertes de repères… Pour tous se sont des questions incessantes sur pour lui et pourquoi nous.

C’est un roman à quatre voix pour essayer de lever le doute sur sa véritable implication et sur un possible retour en arrière.

C’est un roman tendre et fort sur la construction d’adolescents au milieu des vies en ruines qu’Ivan à laissé derrière lui. Y a-t-il un futur possible pour les autres ?

Oui c’est un roman que j’ai aimé car il dit les mots qu’il faut sans faux semblant mais parfois avec pudeur.

Les deux jeunes héros vont faire de belles rencontres. Les personnages sont très intéressants et le voyage vaut le détour.

 

Version longue pour ceux qui veulent aller plus loin avec moi…

J’ai donc commencé ma lecture en occultant mes à priori sur le sujet. C’est un roman jeunesse, les personnages principaux sont des adolescents et de jeunes adultes de 16 à 21 ans. On ne va pas nous parler d’enfants de la cité désœuvrés et d’origine musulmane, car comme on peut le voir aux informations la radicalisation peut toucher tout le monde. Dès les premières lignes Benoît Séverac fait parler Lena, la petite sœur de 16 ans qui n’ait que l’ombre d’elle-même depuis quatre ans. Elle montre que les racines et l’histoire familiales font partie de son éducation donc forcément de celle de son frère et pourtant chacun va choisir sa voie.

Cette histoire, nous sera racontée par quatre personnages. Mais il ne s’agit pas de quatre versions d’une même histoire. Non, cela se présente plutôt comme un passage de relais dans une course contre la montre.

On débute avec le récit de Lena qui pose les bases. Sa façon de nous raconter les événements passés et présents, m’a fait penser à la mer, avec des vagues qui viennent s’échouer sur la grève et le ressac qui entraîne par le fond. Cette image est renforcée par le décor. Elle quitte la France pour aller à Cadaquès, à Portlligat crique où a habité Dalí. J’ai bien aimé les réflexions sur « tu sais en quatre ans le petit port à bien changé » je me suis dit que moi aussi je trouverai les lieux bien changés ! Dalí pour moi c’est le tableau de la persistance de la mémoire, avec ses montres molles, une distorsion du temps. Mais c’est aussi ce maître du surréalisme qui a su représenter les monstres intérieurs que l’esprit humain peut créer. Il dénonçait la société de consommation tout en l’exploitant pour son profit, l’avènement de nouvelles religions… Mais revenons à l’image de la mer, le port de pêche avec ses  criques de l’enfance, la mare nostrum représente aussi  le danger, l’étranger, l’inconnu et les profondeurs abyssales…

Sur cette première partie à chaque nouvelle rencontre je me posais des questions sur les intentions réelles des personnages, cela semblait trop beau à commencer par l’attitude de Théo…

C'était très intéressant de mettre en parallèle un autre travers de la jeunesse. il y a ceux qui basculent dans la violence et il y a ceux qui tombent dans la drogue... On voit aussi ceux qui construisent leur vie dans d'autres valeurs plus positives.

Il ne faut pas croire que ce livre broie du noir, que tous est sombre il y a de l’humour, des maladresses de la jeunesses et des relations qui se tissent et pimentent le quotidien.

Dans la deuxième partie Lena sort des écrans radars et c’est Théo qui prend le relais, on va le voir à l’action.  Lui, le meilleur amis d’Ivan est le lien entre le passé et de le présent entre Ivan et Lena. Si au début on a un doute sur ses motivations on se rend vite compte qu’il a bien choisi son camp. Il est très réactif.

Avec Théo on va être dans le registre amitié/amour, loyauté et droiture. Il va se poser en chevalier servant mais va-t-il pouvoir protéger Lena d’elle-même et d’Ivan ? C’est donc la suite des aventures mais avec un autre regard. On sort de sphère familiale, on entre dans la zone des amis. Il y a de la tendresse et une part d'innocence. Avec Lena, il y a le côté jeunes tourtereaux qu’on a envie d’aider.

Puis Théo est submergé, il faut qu’il passe le relais. Il n’a pas trop d’options puisqu’il ne connaît pas grand monde. Il va donc devoir faire des choix et faire confiance aux gens et au destin.

Dans cette troisième partie c’est l’histoire qui s’invite… Joan effectivement n’est pas n’importe qui… C’est là qu’on voit les réseaux dormants. Les jeunes lecteurs français ne connaissent pas trop se pan de l’histoire espagnole mais c’est bien expliqué.

Ce roman fait partie des romans jeunesse qui ont un potentiel intéressant pour être étudié au collège (ok, je parle d’un collège idéalisé). Ce roman fait appel à la littérature, à l’histoire-géo espagnole, à la philo et éducation civique.

Il aborde les thèmes du terrorisme et de la résistance. Il ya un discours sur les convictions politiques et des valeurs morales.

Les parties sont de plus en plus courtes car tout s’accélère en fin de roman.

La dernière partie c’est celle de la loi, c’est la raison, c’est elle qui tranche. On n’est plus ni dans la passion amoureuse, passion idéologique ou religieuse.

En clôturant cette partie on remet les pieds sur terre. Pas d’angélisme, la loi c’est a loi !

J'ai aussi bien aimé les mots en catalan qui émaillent le texte.

Je remercie les Éditions Syros d’avoir répondu à ma demande bien après la sortie du livre. J’ai beaucoup aimé l’interview qui accompagnait le roman, je vais essayer de vous la trouver sur le net…

 

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