Pagan Kennedy

Trad.  Philippe Brossaud

Editions Denoël,  mars 2017, 223 p., 20,90 €

 

Mes lectures Denoël

 

B267604e de couv. :

Dans l’Amérique des sixties, deux sœurs d’une trentaine d’années vivent coupées du monde, seules avec leur père malade. Quand il décède, c’est la libération! Chouette, se dit Frannie, je vais pouvoir passer le reste de mes jours avec ma sœur, une vraie vie de vieilles filles, le rêve!
Extra, je vais enfin m’amuser, rire, découvrir le monde… et les hommes, pense Doris.
Les deux sœurs décident de se lancer dans un road-trip décoiffant à bord de leur Plymouth bien-aimée.

Les Vieilles Filles est un roman au charme fou, que l’on a envie de lire en écoutant Otis Redding, Simon & Garfunkel et les Supremes.

 

Mon billet :

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre en voyant la couverture du livre et sa quatrième de couverture… humour, ironie et exubérance ? En fait c’est un roman tendre et émouvant. Un bonbon acidulé car tout n’est pas rose dans cette histoire… il y a même un soupçon de scandale ! Mais pour cela il faut se remettre dans le contexte, nous sommes en juin 1968.

Au début Frannie, la narratrice, nous raconte comme elle et sa sœur Doris se ressemblent. Comment elle (Frannie) envisage de devenir leur avenir, elle s’imagine qu’elles vont devenir deux vieilles filles douces et calmes. En fait un sent vite que le lecteur est en porte à faux car il n’a que la version de Frannie,  ses interprétations et ses souhaits. Mais qu’en est-il en réalité pour Doris ? Petit à petit on comprend que ce n’est pas du tout ce que Doris envisage, et Frannie  se voile la face.

Par petites touches, on va découvrir leur passé. Leur  vie de famille jusqu’au moment de l’action, juin 1968.

Les deux femmes incarnent deux époques. Le monde change, les Etats unis aussi. Doris qui a toujours était plus intrépide, sort de la coquille qu’elle avait  créée. Elle est séduisante et ouverte à de nouvelles aventures, changer de vie, de vêtements, reprendre sa vie en main.

Frannie est plus réservée, elle est bloquée sur l’ancien temps. Rien ne doit changer. Il faut être posée, raisonnable et mesurée. Il faut être convenable ne toute occasion. Elle est comme figée dans le temps. Elles viennent d’une famille de quaker.

Depuis qu’elles ont quitté la maison familiale après la mort  de leur père en avril 1968, on découvre que cette dichotomie concerne toute la société. Alors qu’à Columbia il y a des révoltes estudiantines, Martin  Luther King est assassiné en avril, on voit que Lety et Tante Katherine ne s’imaginent pas changer leur rôle dans la société.  Elles ont trouvé leur équilibre entre employée et employeur.

D’un autre côté, on a Richard qui est prof de photographie qui accueille des artistes au gré de leurs besoins et de leurs envies.

Les deux sœurs vont ouvrir leur cœur et se parler. Elles vont un peu parler de leurs souffrances. Faire le point sur le passé, le présent et le futur du coup devient incertain. J’ai beaucoup aimé comment est traité  thème du « temps », le rythme de la narration.

Elles ont quitté leur ville où tout le monde les connaissaient ainsi que leurs habitudes. Au fur et à mesure qu’elles voyagent, elles découvrent ce qu’est l’anonymat. C’est effrayant (surtout pour Frannie) et excitant de sortit de leur zone de confort.

Entre liberté et dépendance les deux sœurs cherchent leur équilibre dans la nouvelle donne. A tour de rôle chacune prend l’ascendant sur l’autre en fonction des sujets. On retrouve cette impression à travers la place du conducteur de la voiture. Passage de relais, passage de clé.

La clé est très présente dans une partie du roman : Clé de la voiture (pour conduire surtout), clé du motel, se fermer à clé dans sa tête, verrouiller son cœur, chambre fermée à double tour,  etc…

En arrière plan, nous avons le thème de la guerre. Leur père était objecteur de conscience lors de la seconde guerre mondiale. On découvre les conséquences dramatiques de cet acte politique.

Au moment où les deux sœurs font leur road trip, il y a la guerre du Vietnam, les émeutes, le mouvement des hippies et le sujet est toujours d’actualité… Comment dire non à cette guerre du Vietnam ? Comment échapper au massacre ?

A travers les rencontres les deux sœurs vont parler des non-dits de leur famille, leur célibat, leurs émois, leurs rêves …

Lorsque le roman se termine, quelques semaines ont passé,  rien n’est  vraiment résolu mais elles ont fait du chemin dans leur tête, elles ne sont plus les mêmes… l’avenir est devant elles, elles ont les cartes dans leur mains  à elles de les redistribuer ! Et comme dit l’adage les voyages forment la jeunesse !

C’est un roman qui se lit d’un trait au rythme de leur voyage. Il s’en dégage une certaine musicalité, un certain tempo.

Je remercie les Editions Denoël pour cette belle histoire d’autant que la publication en français de ce roman est déjà une aventure en soit qui nous est conté par l’éditrice au début du volume.

Denoel

 

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