Michaël Uras

Le livre de poche, fév 2017, 183 p., 6,30 €

Mes lectures Le livre de poche

nos souvenirs flottent4e de couv. :

« On imagine souvent son enfance dans un bonheur duveteux, une ataraxie ancienne, une sorte de perfection inaccessible. En ce qui me concernait, mon enfance me faisait penser à un tableau de Hopper, Soir bleu, dans lequel on voit un clown, cigarette à la bouche, en train de compter ses billets après le spectacle. »
 
Chroniques d'une enfance rythmée entre la Sardaigne, lumineuse, et le quotidien gris du nord de la France, Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse est un roman sur le souvenir. On y suit le parcours de Jacques, enfant qui découvre le monde, puis dans son enveloppe d'homme qui tente d'y trouver une place. Avec en tête, toujours, l’idée d’approcher le bonheur.
On retrouve avec plaisir la plume délicate et l’humour de l’auteur de Chercher Proust et d’Aux petits mots les grands remèdes.

Mon billet :

Il y a des auteurs dont l’univers entre en résonance avec le vôtre, c’est ce qui se passe avec les romans de Michaël Uras. Par moment j’ai l’impression qu’il met en mots des choses qui me touchent ! Il raconte des vies et des sentiments avec justesse.

Ce roman est en fait son premier roman publié, mais le troisième que je lis. Je craignais qu’il soit moins aboutit que les deux autres et ce n’est pas le cas. C’est un premier pas dans cet univers qu’il développe avec un personnage masculin un peu en marge, avec des petites lâchetés et faiblesses. Un protagoniste  déjà plongé dans le monde de la lecture et qui essais de séduire.

La structure du livre reprend des étapes de la vie avec un mélange d’anecdotes sur la « légende » familiale. La famille est le sujet principal. Les relations entre parents et enfants, ou dans la fratrie.

C’est  raconté avec tendresse et parfois du recul. L’ironie, la petite mise à distance et l'auto-dérision qui détend l’atmosphère. On a tous été enfant et nous avons regardé nos parents avec un regard critique. Le narrateur est un adulte qui retrouve ses souvenirs et  chaque chapitre tourne autour d’une histoire avec à chaque fois une touche d’humour.

On aborde le problème de la double culture. Celle de la famille sarde et celle du pays d’adoption. L’immigration économique (ou autre)  des familles où les parents et les enfants ont vécu dans des environnements très différents.  Les enfants mènent une double vie. A la maison une langue et des coutumes et à l’extérieur, ils se créent un autre personnage. Dans les années 60-70 les moyens de communication n’étaient  pas aussi développés qu’aujourd’hui et les adultes qui venaient de milieu ruraux changeaient non seulement pays mais dans un milieu pour passer celui plus isolé des villes. Les enfants qui naissaient dans le pays d’accueil  voient bien ce décalage entre la famille et la société, il faut qu’ils jonglent.

Le personnage est à peu près de mon âge alors je me retrouve bien dans les références de l’époque. Oui moi aussi j’ai été amoureuse de Richard Geere et Patrick Swayze  comme toutes les adolescentes de l’époque ! J’ai adoré comment Jacques va s’en servir pour séduire les filles. Malin le garçon !

J’ai été très touchée par l’histoire de Pietro.  Ses rêves ne sont vraiment pas en adéquation avec son milieu familial. Jacques à un côté un peu agaçant qui empêche de le voir comme un être complètement attendrissant, contrairement à son frère.

On voit donc Jacques grandir et se poser des questions sur ce qu’il est et sur ce qu’il veut devenir.  On sourit de ses raisonnements et de ses mésaventures de cet enfant devenu adulte… On suit les étapes de la vie jusqu’à la naissance du premier enfant…

Les derniers chapitres sont comme des bonus, on découvre d’autres  aventures familiales qui remontent à la génération précédente, avec le dévoilement de secrets de famille.

J’ai pris grand plaisir à découvrir ce roman et maintenant je dois être patiente pour attendre le prochain roman de Michaël Uras, mais laissons lui le temps de peaufiner de nouvelles mésaventures masculines ! Je crois que c’est en partie ce qui me plaît, on est loin des héros sûr d’eux…

Je remercie le Livre de poche pour m’avoir permis de lire ce roman dès sa sortie.

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