Martha Batalha

Trad. du portugais (Brésil) Diniz Galhos

Editions Denoël,  janv. 2017, 252 p., 19,90 €

 

Mes lectures Denoël

 

B267444e de couv. :

L’histoire d’Eurídice Gusmão, ça pourrait être la vôtre, ou la mienne. Celle de toutes les femmes à qui on explique qu’elles ne doivent pas trop penser. Et qui choisissent de faire autrement…

«Responsable de l’augmentation de 100 % du noyau familial en moins de deux ans, Eurídice décida de se désinvestir de l’aspect physique de ses devoirs matrimoniaux. Comme il était impossible de faire entendre raison à Antenor, elle se fit comprendre par les kilos qu’elle accumula. C’est vrai, les kilos parlent, les kilos crient, et exigent – Ne me touche plus jamais.
Eurídice faisait durer le café du matin jusqu’au petit déjeuner de dix heures, le déjeuner jusqu’au goûter de quatre heures, et le dîner jusqu’au souper de neuf heures. Eurídice gagna trois mentons. Constatant qu’elle avait atteint la ligne, cette ligne à partir de laquelle son mari ne s’approcherait plus d’elle, elle adopta à nouveau un rythme alimentaire sain.»

 

Mon Billet :

Comment chroniquer un livre qu’on a lu pratiquement d’une traite et qui nous a transporté dans son monde ?  Vous l’avez compris c’est un coup de cœur. C’est un livre dont vous entendrez parler !

J’ai tout de suite été attirée par la couverture et le synopsis.

Il s’en dégage une telle vitalité de ces illustrations aux couleurs flashy. Ajoutez à cela que l’histoire se déroule au Brésil et me voilà en partie conquise.  

Les auteurs brésiliens ont dans leur écriture une certaine lucidité sur la situation « réelle » de la population et on su développer une certaine autodérision par rapport à ce qu’ils vivent. Ils arrivent à trouver une fleur rare au milieu de la plus grande misère.

Le personnage de d’ Eurídice Gusmão m’a plu d’emblée. C’est une belle personne, un cœur pur. Elle ne se rend pas bien compte des répercutions positives de ce qu’elle entreprend. Elle trouve de bonnes raisons à tout ce qui lui arrive de bien ou de mal. C’est un personnage solaire, bien plus complexe qu’on ne l’imagine au début. Elle a un petit quelque chose d’Amélie Poulain mais involontairement. C’est comme si en se faisant du bien elle en faisait aux autres. On a envie qu’elle se révolte quand on lui met des bâtons dans les roues ou qu’on lui coupe l’herbe sous les pieds, mais en fait sa force réside dans le fait de passer à autre chose.

Dans un premier temps, on se dit que son marie est un sale macho, un méchant… Puis l’auteure nous montre son vrai visage sans sa carapace. Il n’est pas un « simple produit » de la société machiste, il est surtout porteur de fêlures. Ses failles au même titre que celles d’ Eurídice, font que Antenor se raccroche à des promesses. Ce sont des gens d’honneur. On se rendra compte qu’ils vont changer imperceptiblement.

Ce que j’aime aussi dans ce roman, ce sont les portraits de personnages qui traversent la vie d’ Eurídice qui sont développés au fur et à mesure qu’ils entrent en scène. Cette façon de placer la personne dans « sa généalogie » pour expliquer sa place actuelle dans ce microcosme. Ces digressions forment des bulles d’histoires dans l’histoire principale et l’enrichissent comme dans la vraie vie. Au fur et à mesure un petit monde se dessine et prend vie. On vibre aux rythmes de leurs aventures ou mésaventures, de leurs rêves ou de leurs désillusions.

La famille est au centre. C’est le noyau qu’il faut préserver à tout prix, quitte à garder des secrets et s’arranger avec la vérité.

Il y a un aspect qui m’a touché, c’est ce qui concerne l’entraide entre les gens dans le besoin et surtout dans le milieu féminin. Ainsi que cette façon de tisser des liens hors du cadre mère-enfant, mais bien de part les affinités électives, celles du cœur et de l’esprit, comme par exemple entre Guida et Filomène, Chico et sa tante.

Citation : « Tous ceux qui pouvaient aider aidaient, et dans un cas pareil, tout le monde pouvait, et tout le monde aida. »

Il y a des éléments que l’on va retrouver du début à la fin par intermittences. Le lecteur reste dans l’attente du prochain dénouement. Les personnages n’auront pas certaines réponses contrairement au lecteur.

On a parfois l’impression que de nouveaux chemins sont possibles, mais se sont de fausses pistes, alors que certains liens inattendus vont se développer. C’est là un beau travail d’écriture.

Les personnages évoluent au fur et à mesure que les années passent et que les événements s’enchaînent. Par contre pour ceux qui s’entêtent dans une vision négative des choses leur vie va rester « petite ».

Il y a de l’humour, même dans des moments graves. Et l’émotion est souvent au rendez-vous. C’est un roman feelgood avec une grande richesse de sentiments.

J’ai adoré tous ces prénoms qui nous semblent exotiques : Eurídice, Antenor, Zélia, Filomena, Chico… cela chante dans notre tête.

Le roman débute avec une lettre au lecteur et se termine par une note de l’auteur, cela donne des éléments au lecteur sur la conception des personnages.  J’avoue que ce genre de petite attention me plaît.

Par moment, j’avais l’impression que d’autres auteurs nous accompagnaient tel Gabriel Garcia Marquez, Jô Soares, Romain Gary, Maryse Condé, Jorge Amado, José Mauro de Vasconcelos et bien d’autres…

Je ne sais pas si j’ai répondu à ma question initiale, cependant j’espère vous avoir donné envie de le lire.

Je remercie les Editions Denoël pour cette belle lecture qui m’a émue.

 

Denoel

kokeshi coup de coeur

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