Gilles Marchand

Editions Aux Forges de Vulcain, sept 2016, 260 p., 17 €

 

Mes Lectures Aux Forges de Vulcain

 

bouche4e de couv. :

Un homme vient tous les soirs dans le même bar pour y retrouver ses amis. Peronne ne sait rien de lui, si ce n'est qu'il cache une cicatrice derrière son écharpe. Lorsqu'un jour il décide de raconter son douloureux passé, la fantaisie prend le relais et nous emmène à la rencontre d'une galerie de personnages improbables : un éléphant dégonflé, une mouche qui danse, un voisin spéléologe, un trapéziste, un orchestre Tzigane. Pourquoi ces détours et ce besoin d'imaginaire ? Que cache cette écharppe et cette cicatrice ? un premier roman pudique, poétique, humain, amical, drôle et douloureux. Aussi, servi par une plume allégre et ciselée.

Mon Billet :

Il y a des moments dans la vie où se créent des liens entre les gens que le hasard des rencontres met en présence. Un groupe existe depuis neuf ans dans un café. Une intimité se crée sans que les participants soient obligés de se raconter. On est juste bien ensemble. On se rencontre au gré de notre quotidien. Mais, il arrive un moment où le grain de sable vient casser cette harmonie fragile. Parfois, c’est l’arrivée d’un nouvel élément ou le départ d’un participant, ou encore un petit événement anodin. C’est ce qui arrive à notre héros, il se renverse du café sur son écharpe qui cache une blessure. Les langues se délient et notre héros fini par se livrer. Mais pas forcément comme on s’y attendrait…

En alternance, on voit notre héros, simple comptable nous raconter son quotidien depuis son point de vue. Sa différence fait son originalité dans la façon de voir les choses. On va apercevoir ses failles et son portrait en creux. Il a son humeur particulière, un peu cynique, une mise à distance. Ce met alors en place un rituel dans le café. Il attire petit à petit un groupe de petits vieux très intéressés par ce qu’il raconte. Cela va prendre une ampleur et une tournure inattendue…

Une vie très organisée, il est comptable, il compte quoi ? Aïe une question à ne pas poser ! Des colonnes et des lignes, des chiffres des choses stables qui sécurisent ? Du concret du réel ? La fantaisie est rayée dans sa vie ? Mais peut-on vivre muselé toute sa vie ? Peut-on se taire toujours et encore ?

Ce roman est une écharpe faite de nombreux fils ténus. On découvre qu’ils s’entrecroisent au fur et à mesure qu’elle s’effiloche. Les collègues de travail, la dame au chien, la boulangère, les sacs poubelles, les lettres des parents de Sam, Lisa et son charme, Thomas et son roman. Au départ, j’avais l’impression que cette écharpe  s’agrandissait, mais on dirait plutôt que notre héros narrateur comme sur la couverture a coupé certains points et il n’y a plus moyen de rapiécer la chose.

Petit à petit vont se glisser des scènes surréalistes à la limite de l’univers kafkaïen. Par exemple lorsqu’à force de voir s’accumuler les sacs poubelles l’immeuble se retrouve complètement obstrué.  Gérard un habitant de la résidence dit : « je travaille à la réalisation d’un plan du site dans le but d’apporter les mesures qui s’adapteraient parfaitement à la situation » vont suivre des scènes avec ce personnage très drôles. Une sorte de cocon se forme autour de l’appartement du narrateur au fur et à mesure qu’il se dévoile au café.

Le chapitre 12 est un paroxysme de l’absurde !

Ce roman éveillé en moi des images, je ne sais pas dans quelle mesure l’auteur a joué avec ces références, ou si c’est juste mon esprit qui les a interprétées de cette façon. Par exemple celle qui m’a frappé tout de suite… Celle qui concerne l’écharpe. Qui dit Paris, années 80 dit Mitterrand, alors l’esprit par sur cette idée mais il n’en ai rien !

L’histoire se situe en 1988, la loi anti-tabac n’est pas en vigueur, alors on fume dans la rue, dans les cafés, au travail… On ne parle pas de nocivité et de cancer… mais là encore l’écharpe qui cache la gorge on pourrait partir sur l’idée d’un cancer de la gorge…

Le fait que le narrateur n’ai pas de nom aussi à attiré mon attention et m’a conduit à croire des choses… je reste énigmatique pour ne pas dévoiler les choses précieuses.

La présence du roman « La conscience de Zeno » de Italo Svevo, les références à Italo Calvino et à Vian donne des grilles de lectures supplémentaires. Bien entendu maintenant j’ai envie de lire de lire ce roman de Svevo !

Les chapitres « « o »  sont un début et une fin. Lorsque le livre à commencé à circuler chez les libraires. Ce dernier chapitre était la pierre angulaire du livre. Alors j’attendais  de voir ce que recélait  cette merveille.  Ah le stress…. Tout le monde à trouvé ça génial… Je l’ai lu tout en étant prévenue que je devais faire très attention à ce moment de l’histoire. Et alors ? Et alors ? Oui j’avoue c’est très beau très fort et tout et tout, c’est vraiment la cerise sur le gâteau le dernier détail qui fini le roman. Mais… pour moi ce roman est un coup de cœur non pas pour ce final mais pour le charme qui opéré pendant le livre, je n’avais pas besoin de savoir la fin. Je ne dis pas qu’il est en trop, c’est juste que j’ai pris la partie imaginaire de cette fiction et cette conclusion est trop réelle pour moi, même si elle est logique et que je voyais quelque chose dans ce genre. Gilles Marchand avait jalonné son texte de petits cailloux qui permettent au lecteur attentif de s’approcher de la vérité.

Ce que j’ai aimé c’est le grain de folie, cette façon qu’a  le narrateur d’appréhender la vie. J’aime ce groupe d’amis, il ya une alchimie qui a fonctionné pour moi. Cette alternance de vie réelle, de vie passée, il y a même parfois un côté onirique qui vient encore plus magnifier la réalité.

Je termine là ma chronique mais je sais qu’il y a mille et un détail qui reviendrons me hanter et que je n’aurais pas partagé ici, mais c’est pour mieux vous laisser découvrir et vous faire votre opinion. C’est un livre qui nommé dans plusieurs prix…

Je remercie les Editions Aux Forges de Vulcain pour leur confiance.

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