(J’y pense de plus en plus)

Frédérique MartinGauche

Editions Belfond, janv. 2016, 222 p, 17,50€

Mes  lectures Belfond

jenvisage de te vendre

4e de couv. :

En poussant à leur paroxysme les travers de notre société, Frédérique Martin imagine le monde de demain. J'envisage de te vendre est un recueil pure malt, sec et bien tassé. Ce n'est pas du feel good, c'est du feel better.

Vous allez reconnaître les papiers peints, les rues pavillonnaires et les temples d'achat, la campagne bucolique et votre quotidien. Votre femme, votre mari, votre mère ne sont pas loin ; tout vous semblera familier. Oui, ça se passe près de chez vous. Mais les choses ont mal tourné.
De quoi demain sera-t-il fait ? En déréglant les curseurs de notre société, Frédérique Martin convoque le règne des indignités ordinaires et flanque nos libertés au vestiaire. Voici venir le grand show des luttes de classes et de sexe, des dominations ou de la logique marchande. On peut désormais nous séquestrer, nous forcer à jouer, orienter nos choix ou décider à notre place. On peut aussi envisager de nous vendre. Mais pas que.
Vous aimez vous faire peur pourvu qu'à la fin tout se termine bien ? Vous verrez, on en a tenu compte.

 

 Mon billet :

J’ai choisi ce recueil de nouvelles parce que le synopsis me plaisait et parce que l’auteur habite pas trop loin de chez moi, vers Toulouse.  La couverture aussi laisse présager du second degré.

Mais que c’est dur d’écrire une chronique sur un recueil de nouvelles !  J’ai choisi l’option faire ressortir une sensation d’ensemble même si toutes les nouvelles ont leur propre univers.

Je ne pourrais pas dire laquelle m’a le plus plu, car j’allais de Charybde en Scylla positivement ! Plus j’avançais dans la lecture, plus les sensations fortes venaient.

Le côté acide et j’égratigne pour mieux révéler les travers de la société ça me plait !

Dès la première nouvelle, éponyme, je suis entré dans l’univers de Frédérique Martin, j’ai rit … vous savez ce petit rire nerveux en ce disant « c’est pas drôle ». L’histoire est terrible… dans tous les sens du terme.

C’est comme si elle regardait autour d’elle et qu’elle faisait un petit pas de côté pour changer la focale et cela donne une vision un peu dystopique (ça n’existe pas, mais vous voyez ce que je veux dire).

La dernière nouvelle « les manquantes » a fini de me cloué dans mon fauteuil. Elle m’a évoqué « la marche du chaos » de Patrick Ness.

La famille, les relations entre membres d’une famille, entre amis, l’auteure les poussent vers leur paroxysme et au dysfonctionnement.

La solitude et l’enfermement dû à la société de consommation tendent à la destruction.

La part féminine est très sombre comme si cela exacerbait cette montée de violence et poussait à la faute.

Il y a des nouvelles émotionnellement très dures comme « droit de visite » ou « les manquantes ». Certaines plombent l’ambiance par leur noirceur. On dirait des coups de scalpel, des scarifications… mais je suppose que cela dépend de la réceptivité de chacun.

Ce recueil de nouvelles m’a demandé un peu de temps parce que je n’ai pas enchaîné les lectures, j’avais besoin de pauses pour laisser décanter.  J’avais l’impression d’avoir un verre d’eau avec une substance qui la rendait trouble au fur et à mesure qu’on l’agite jusqu’à obtenir une autre consistance… puis en laissant reposer on retrouve un dépôt au fond et une eau légèrement troublée… qu’on hésite à boire !

Elles apportent une foule de questions, sur notre propre regard.

Dans les nouvelles la chute a une grande importance. Frédérique Martin nous laisse pantoise, l’esprit en suspens. Il y a une fin, mais n’est-ce pas un début d’autre chose.

A la relecture de ma chronique je ne sais pas si je vous donne envie de lire ou non ce recueil qui est un coup de cœur pour moi ?!!!

Bon les histoires sont fortes et ne laissent pas indifférent, la narration est bien faite et les univers variés…

Je remercie les Editions Belfond pour cette belle découverte.

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