Hamid Ismaïlov

Traduit de l'anglais par Héloïse Esquié

Editions Denoël, coll Y, 20 Août 2015, 128 p., 12€

 

Mes lectures Denoël

 

dans les eaux du lac interdit

Auteur :

Né en 1954, Hamid Ismailov est un journaliste et écrivain ouzbek. Il a vécu en Russie, en France et en Allemagne avant de s’installer à Londres avec sa famille, où il dirige le service Asie centrale de la BBC.

 

4e de couv. :

Un voyageur anonyme a pris place à bord d’un train pour un interminable voyage à travers les steppes kazakhes. Le train s’arrête dans une toute petite gare et un garçon monte à bord pour vendre des boulettes de lait caillé. Il joue Brahms au violon de manière prodigieuse, sortant les passagers de leur torpeur. Le voyageur découvre que celui qu’il avait pris pour un enfant est en fait un homme de vingt-sept ans. L’histoire de Yerzhan peut alors commencer… 

À travers ce conte envoûtant, l’auteur nous livre une parabole glaçante sur la folie destructrice des hommes et la résistance acharnée d’un jeune garçon qui voulait croire en ses rêves.

 

Ma chronique :

J'ai choisi aussi ce livre pour son titre qui laisse présager bien des choses...

La couverture du livre, avec ces fleurs étranges, prend tout son sens dès que l’on ouvre le livre… un lieux exposé aux tests nucléaires…

« Cette histoire commença d’une manière on ne peut plus prosaïque. Je traversais les steppes immenses du Kazakstan en train. Le voyage durait depuis quatre nuits. » Dès les premières lignes le décor est posé. Le narrateur ne fait que traverser, il n’est pas un habitant du lieu. On a un regard externe, ce regard va aller vers l’autre et vers ses terres hostiles. On est au rythme d’un train, de façon à ce que le lecteur s’imprègne de l’atmosphère du lieu et nous préparer à cette rencontre improbable comme seul les voyages peuvent en procurer.

Les trains les rails comme fil conducteur, une belle façon de parler du temps et de la mémoire. Tantôt on regarde vers l’avant et tantôt vers l’arrière, le présent ne dure que quelques instants puisque l’on ai en mouvement. Le narrateur d’aujourd’hui se rappelle une rencontre qui elle nous renverra plus de vingt ans avant. Avec des va et vient de façon a garder les pieds sur terre.

Le décor est assez spectaculaire et je crois que le plus loin où je suis allé dans mes voyages littéraires c’est en Sibérie avec Michel Strogoff, c’est certainement le train qui m’y fait aussi penser pour le reste ça n’a rien à voir puisqu’on est surtout dans les années 1950-1989 (rien de très précis).

Nous allons suivre l’histoire de deux familles coincées dans une gare perdue. On a un huis clos parfois ouvert sur les autres, les liens entre les habitants sont très entremêlés et complexes, des non-dits vont être mis à jour. La musique est très présente, des instruments à corde, des notes sur des portées encore des lignes.

Ce court roman est assez sombre, parfois violent mais c’est présenté sans pathos. Les loups (à deux pattes ou à quatre) rodent encore sur les chemins, ces peurs ancestrales (dévoration et enlèvements) viennent se rajouter à des peurs actuelles et réelles (pollution nucléaire et mutation). On est dans une autre culture, une autre époque, certaines images peuvent nous heurter.

La culture des autres est assimilée sans chercher à comprendre, notamment en musique.

Pour ceux qui explorent l’idée de la mémoire dans la littérature ce roman. Comme je le disais plus haut nous avons plusieurs strates de passé, mais le regard aussi change. Le narrateur qui raconte son enfant se remet dans le regard de l’époque, on a donc un changement de focale.

C’est un roman très littéraire dans la construction, il y a un travail de construction avec un peu l’idée des portes qui s’ouvres et qui se ferment dans les wagons du train ou de la mémoire.

On peut aussi simplement y lire la vie de cette population dans un milieu contaminé avec tout le travail de propagande qui a permis d’exploiter des gens au nom de la modernité.

Mais pourquoi pas juste s’arrêter l’observation du mécanisme qui met en place des relations entre gens de plusieurs générations dans un milieu coupé du monde.

C’est un livre riche puisqu’il permet d’avoir plusieurs niveaux de lecture.

 

Je remercie les Editions Denoël pour m’avoir permis de découvrir cet auteur ouzbek en avant-première.

Denoel

1% rentrée 2015

 

NB : un coïncidence littéraire... je venais de terminer la lecture de "La revanche de l'écrivaine fantôme" qui débute aussi dans un train !