Joncour, Serge

Flammarion, 27/08/2014, 390 p., 21,00€

9782081249158

 

écrivain national4 e de couv :

L'écrivain national Le jour où il arrive en résidence d'écriture dans une petite ville du centre de la France, Serge découvre dans la gazette locale qu'un certain Commodore, vieux maraîcher à la retraite que tous disent richissime, a disparu sans laisser de traces. On soupçonne deux jeunes « néoruraux », Aurélik et Dora, de l'avoir tué. Mais dans ce fait divers, ce qui fascine le plus l'écrivain, c'est une photo : celle de Dora dans le journal. Dès lors, sous le regard de plus en plus suspicieux des habitants de la ville, cet « écrivain national », comme l'appelle malicieusement monsieur le Maire, va enquêter à sa manière, celle d'un auteur qui recueille les confidences et échafaude des romans, dans l'espoir de se rapprocher de la magnétique Dora. Dans une atmosphère très chabrolienne, Serge Joncour déroule une histoire à haute tension : les quelques semaines de tranquillité que promettait ce séjour d'écriture se muent, lentement mais sûrement, en une inquiétante plongée dans nos peurs contemporaines.

 

Anecdote :

Voici un livre que j’ai acheté et commencé en avant-première et puis au bout d’une centaine de page je me suis arrêtée… j’ai lu d’autres livres… Ce n’était pas parce que je n’aimais pas, c’était juste que si je le terminais il me faudrait attendre que Serge Joncour écrive et publie le suivant !  Noël est arrivé et je me suis offert un petit moment de plaisir livre ce roman d’un bout à l’autre… Un régal, mais suis-je objective ? Bien sûr que non ! mais quel lecteur l’est ?

 

Ma chronique :

Ce qui m’a frappé dès le début de ma lecture c’est tous les champs lexicaux autour de la bataille, la guerre. A croire que la vie est un long combat. Et l’on retrouve jusqu’à la fin de ce roman.

Nous baignons dans une humidité automnale dans ce Morvan où les brumes masquent le bout du chemin forestier ou les rideau de pluie. On a une sensation de mystère et de trompe l’œil avec ses arbres qui cachent la forêt. Une disparition peut cacher tant de choses.

Serge Joncour joue aussi avec les regards, le regard de l’inconnue du journal qui captive le lecteur, la serveuse qui renvoie à « une superstition atavique » (p.26), il y a comme une projection de soi dans l’autre.

Dora et Serge :

Phase visuelle avec la photographie dans le journal.

Approche physique : observation du lieu de vie.

Prise de contact : regards qui se croisent dans la cuisine.

Réponse : elle prend la parole

Le piège se referme.

On dirait une créature que l’on veut apprivoiser. Mais finalement qui le sera ?

Ce qui me plaît dans cette histoire c’est d’une part l’ambiguïté entre l’auteur et le personnage écrivain… et tout ce qui concerne l’acte. Qui  est l’auteur du crime ? Il y a toute une thématique sur ce qu'est un écrivain et sur son rôle, la création et l'écriture. Il y a un côté qui semble tellement possible dans la vie d'un écrivain qu'on flirte avec l'auto-fiction, même s'il s'en défend tout au long de ce roman. Merci Monsieur Joncour d'avoir mis l'image de "Milon de Crotone" dans ma tête !

Il y a un humour qui rend certaines scènes cocasses, par exemple : l’écrivain sort d’un repas bien arrosé (pour ne pas dire noyé d’alcool), il monte sur son vélo et au lieu de rentrer à son hôtel il se jette dans la gueule du loup, il tombe nez à nez avec les gendarmes sur le lieu présumé du crime.

Il y a un côté absurde qui ne va pas jouer en sa faveur, par exemple ses livres dédicacés qui deviennent suspects puisqu’il y en a 6 dans la maison d’une suspecte qu’il dit ne pas connaître. « Vous écrivez amitiés à tout vos lecteurs ? » du coup je suis allé voir la dédicace dans mon livre !

Il y a un interrogatoire qui assez surréaliste, autour des réseaux sociaux et autres publications sur le net, où si on se retrouvait dans la position de l’écrivain on serait aussi coupable que lui.

Le narrateur observe son entourage et fait ressortir plusieurs paradoxes, dans un endroit qui représente le poumon de la région tout le monde fume, sauf lui le parisien, l'homme de la ville.

J'ai adoré lorsque le narrateur raconte ses rencontres avec ses lecteurs (à majorité de la gente féminine) qui vire à la dissection du texte, et à l'attaque quand les réponses ne correspondent pas à ce qu'elles attendent. On lui parle d'un livre publier 10 ans avant (UV) alors qu'il en a écrit plusieurs entre temps et qu'il n'en garde que des sensations. Il finit par battre en retraite. Il rend les armes très souvent.

Un petit détail m'a touché. L'écrivain raconte la naissance d'une phrase alors qu'il rêvassait en même temps qu'il parlait avec les gens et qu'il n'avait pas de papier sous la main et qu'il a gardé en tête jusqu'à pouvoir l'écrire... Je revois Serge Joncour à Port Leucate lors de l'interview en train d'écrire des choses sur ses mains parce qu'il n'avait pas de papier (et je me demande encore ce que cela pouvait être !)

Tout le long de sa mésaventure l’écrivain voit qu’il ne fait que faire les mauvais choix, mais il y va, c’est plus fort que lui. On va le voir s’enfoncer jusqu’à la fin où… il persiste et signe ! Non mais vous croyez que je vais vous dire comment cela fini ??? ahahah !

Voilà c’est fini…Heureusement il me reste à trouver deux ou trois de ses romans que je n’ai pas encore ! Et puis il y a les dimanches avec « Les Papous dans la tête » sur France Culture.

100 livres 2014

coeur livre