Nancy Huston

Actes sud, août 2013, 353 p., 21 €

Note : 16/20

 

LU DANS LE CADRE de

«  LES MATCHS DE  LA RENTREE LITTERAIRE 2013 »

PRICEMINISTER-RAKUTTEN

 

danse noire

4 e de couv :

Sur un lit d’hôpital, Milo s’éteint lentement. À son chevet, le réalisateur new-yorkais Paul Schwarz rêve d’un ultime projet commun : un film qu’ils écriraient ensemble à partir de l’incroyable parcours de Milo. Dans un grand mouvement musical pour chanter ses origines d’abord effacées puis peu à peu recomposées, ce film suivrait trois lignes de vie qui, traversant guerres et exils, invasions et résistances, nous plongeraient dans la tension insoluble entre le Vieux et le Nouveau Monde, le besoin de transmission et le rêve de recommencement.
Du début du XX e siècle à nos jours, de l’Irlande au Canada, de la chambre sordide d’une prostituée indienne aux rythmes lancinants de la capoeira brésilienne, d’un hôpital catholique québécois aux soirées prestigieuses de New York, cette histoire d’amour et de renoncement est habitée d’un bout à l’autre par le bruissement des langues et l’engagement des coeurs.
Film ou roman, roman d’un film, Danse noire est l’oeuvre totale, libre et accomplie d’une romancière au sommet de son art.

 

Ma chronique :

Je commence ma chronique par une question : Pourquoi sur la couverture ne voyons nous pas le fameux danseur de capoeira sur la plage ? Je sais que c’est le contenu qui compte mais cela n’empêche pas.

C’est avec un grand plaisir que je retrouve l’écriture de Nancy Huston. Mais un détail m’inquiétait : Un homme au chevet de son amant mourant retrace sa vie. Mais Nancy Huston n’a pas choisi le pathos… Il ne s’agit pas d’un hymne larmoyant. Par un procédé littéraire elle crée une certaine distance… Le narrateur prend un recul, il est en dehors même si parfois il y a quelques éclats sur sa douleur de voir souffrir son amour.

Nous avons bien sûr des scènes dramatiques car la vie de Milo n’a pas été un long fleuve tranquille, ni celle des membres de sa famille. C’est la Volonté qui caractérise tous les protagonistes.

Nancy Huston à travers ses personnages retrace des événements historiques et tragiques tel que La rébellion de Pâques en Irlande, la rébellion à partir de 1970 pour l’indépendance du Québec. Il va y avoir un effet miroir comme si l’histoire devait se répéter. La rébellion pour l’indépendance de l’Irlande va toucher Neil, le grand-père, la rébellion pour l’indépendance du Québec va toucher Milos… au moment de la remise des diplômes de chacun la même pensée assaille les jeunes hommes. Mais on traversera la première guerre mondiale, la misère irlandaise, la misère des indiens canadiens, le bloody Sunday etc.

Mais nous avons en filigrane un questionnement sur le travail d’écriture, le devoir de mémoire, le rôle des artistes. Par exemple peut-on tout montrer à l’écran ? Comment concilier les messages et les moyens de les mettre en scène. Quelle est la place du spectateur et du lecteur.

Le thème de l’exil est traité sous différents aspects. Neil a du mal à s’adapter et à écrire, Joyce préférera vivre hors de l’Irlande pour pouvoir être publié, Yeats choisi de s’exiler dans son univers, le père de Neil devra s’exiler dans son propre pays après la guerre civile, Milos sera un éternel voyageur.

Nancy Huston joue avec les différentes langues. Elle utilise le français pour la narration (avec assez peu de mots québécois ; pour les dialogues le québécois prédomine, ainsi que pour la traduction des dialogues en anglais. C’est un tour de force pour l’auteure de passer de l’un à l’autre sans transition et pour le lecteur aussi. Ce remarquable travail mets en évidence le mélange des peuples. Un autre tour de force concerne le fait que la narration est une sorte de dialogue dont on entend  que la voix de Paul Schwarz bien que l’on ai parfois l’avis implicite de Milo.

Le temps et l'espace : nous avons le regard et la pensée qui passe de Montréal à Dublin, en passant par la Californie et le Brésil. On passe d'un personnage à l'autre, comme si une certaine déconstruction construisait une image, un peu comme si ses liens hypertexte qui apparaissent sur le net lorsque l'on passe la souris sur une image, ou ces tableaux faits de milliers de petites photos.

Il évident que le côté très visuel lié au thème du cinéma est très présent puisque Paul Schwarz est en train d'écrire l'histoire de son amant, sous forme d'un scénario de film, comme pour invoquer le passer pour que Milo ne s'efface pas.

La musique tient une place dans la narration, c’est une spécificité de Nancy Huston. Le rythme que l’on retrouve dans la narration et dans la construction du scénario.

J’ai beaucoup aimé la séparation des différentes parties avec en incipit la définition d’un terme relatif à la Capoeira ou au brésilien.

La sexualité apparaît comme un fil rouge dans toutes les histoires, que ce soit l’homosexualité, l’hétérosexualité ou la prostitution. Elle fait partie de la construction de la personnalité de Milo.

Pour moi Nancy Huston est liée à la maternité. on y accompagne les femmes avec tous les dangers liés à la naissance. Elle a choisi une époque difficile (début du XX e siècle) où la religion catholique poussait à enfanter malgré toutes les souffrances, les enfants n'arrivaient pas toujours à l'âge adulte... Puis elle choisi le milieu de la prostitution où tomber enceinte est un malheur pour la mère comme pour l'enfant... la misère, l'alcool, la drogue rien n'est propice à grandir sereinement.

Un des questionnements porte sur la place de l’homme dans la société selon son statut social, son statut religieux, selon sa langue, son genre ou son appartenance ethnique.

C’est un roman exubérant qui aborde beaucoup de sujets différents : l’amour, la famille, la transmission et la transgression. La violence est omniprésente surtout entre gens qui sont sensés s’aimer. Des mots comme « confrontation, révolte, résistance» me vient à l’esprit lorsque je ferme le livre. Jusqu’au bout rien ne lui sera épargné puisqu’il fini sa vie atteins par le Sida et à peu près seul…

Des questions restent en sans véritable réponse. Comme dit Milo « On peut pas connaître quelqu’un… déjà qu’on ne se connaît pas soi-même. » alors comment répondre à toutes interrogations…

 

Nb : Juste avant de lire ce roman, je venais de discuter avec une internaute d’un livre que nous avions dans nos PAL respectives « Les gens de Dublin » de James Joyce et bien après avoir lu « Danse Noire » on a envie de le lire tant il es cité dans le roman de Nancy Huston !

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