Anna Kavan

Cambourakis, sept 2013, 173 p., 19€

Ecrit en 1967.

 

LU DANS LE CADRE DE « LA VOIE DES INDES 2013 » LIBFLY / CAMBOURAKIS

 

 

neige

4 e de couv :

Un homme sans nom poursuit obstinément une femme qu'il a aimée jadis - une femme fragile comme le verre, à la chevelure étincelante comme le clair lune - dans un monde de catastrophe imminente en proie à une nouvelle ère glaciaire. Dans ce monde gagné par le gel, ce pays anonyme d'aspect scandinave, des êtres se meuvent sur un arrière-plan d'activité militaire incessante et vide de sens. La tonalité du récit est celle d'un rêve. On y passe d'une scène réaliste à une scène mythique, d'un cauchemar vivant à une hallucination. Un rêve - ou l'exploration de paysages intérieurs dévastés - aux péripéties récurrentes qui renvoient toujours le narrateur aux mêmes repères : mobiles, comme ces voyages vers nulle part, en bateau, en train, en voiture ; Immobiles, comme ces arrêts dans des hôtels louches ou dans des chambres luxueuses appartenant aux palais du Gouverneur, l'autre personnage principal, démoniaque, de ce livre sans pareil. Gouverneur qui se dresse sans cesse entre le quêteur, ambigu, et l'objet obsessionnel de sa quête.

 

Ma chronique :

J’ai choisi ce roman à cause de son titre, de sa couverture et de sa quatrième de couverture, et afin de découvrir une publication "adulte" de cette maison d'édition dont je ne connaissais que la section jeunesse. Il y avait quelque chose de très recherché dans la verticalité du titre (comme dans le logo de la maison d'éditions) qui m’a interpellé, avec le nom de l'auteure qui forment une croix. Je m’attendais presque à des illustrations, nous retrouvons une double page de flocons de neige sur fond gris, qui apparaissent comme des "illuminations". Sur le rabat on a une photo de l’auteure et une brève biographie, ce qui donne un certain éclairage sur son travail d’écriture. 

Il faut avoir l’esprit ouvert pour lire ce livre, car il est étrange et parfois déroutant. L’absence de nom pour les personnages, ainsi que pour tous les lieux donne une drôle de sensation.

La « fille » (en minuscule) est souvent associée à une phrase du style « forcée à adopter une structure de pensée et de comportement de victime » (ex : p.40). La « fille » semble attirer les hommes par son attitude de grande fragilité, mais pas pour la protéger. Elle semble parfois aux prises avec des cauchemars qui s’ajoutent à ses expériences réelles.

Le narrateur nous dit page 57 « j’avais l’impression de vivre sur plusieurs plan simultanés, et l’interférence de ces plans étaient déconcertante » c’est tout à fait ce que l’on ressent en tant que lecteur, il faut rester vigilent pour ne pas perdre pied.

Le narrateur qui poursuit la fille apparaît parfois comme un voyeur. On ne sait pas pourquoi il est obsédé par cette créature aux cheveux argent. Il est à la recherche de la fille mais on ne sait pas si c’est pour être un protecteur ou un bourreau, comme les autres hommes dominateurs qui jalonnent sa vie. Il parle plusieurs fois de vouloir lui briser les os avec tendresse.

Nous voyons le héros rongeait par sa passion violente et dévorante pour « la fille » et en contrepoint nous le voyons se passionner pour des indris (lémuriens), il les rêve, en écrit des pages et des pages, il les trouve si apaisants qu’il voudrait les rejoindre, mais son autre obsession l’en empêche.

Un bouleversement politique vient changer le rythme de la narration. Le narrateur semble désorienté le lecteur s’interroge sur les événements : «mon esprit était en proie au plus grand désarroi. Assez bizarrement, l’irréalité du monde extérieur semblait un prolongement de mon propre trouble » (p.66)… c’est rassurant de savoir qu’on ait pas seul dans ce cas là.

Dans la phase suivante, la neige se fait moins oppressante et on se retrouve dans une situation qui rappelle la guerre froide avec la désinformation, la propagande, l’espionnage, interrogatoires, suspicion, censure, révolte, violence etc. Les villes sont détruites par les combats, il y a une sorte de déliquescence comme si la neige agissait comme un acide… mais le climat politique aussi… Le front de guerre qui semble progresser lui aussi… scènes surréalistes tel le repas avec le plafond qui s’écroule et dont les convives restent impassibles…

Le narrateur change de comportement… puis son obsession le reprend et nous voilà reparti dans sa quête.  Elle se refuse à lui… c’est peut-être pour cela qu’il la poursuit…

Et que signifie cette fuite en avant tout au long de la narration… est-ce une question de survie ?

La neige avance inexorablement et une ambiance mortifère envahit l’espace. Et au bout que vont trouver nos protagonistes ?

Nous trouvons un thème très important sur la couleur qui mériterait d’être approfondis.

Par moment je me suis demandé si "neige" ne faisait pas référence à l'héroïne (drogue), on sent parfois des effets hallucinogènes et l'on a des pages sur la déchéance humaine comme si les être étaient des junkies en "décomposition"...

J’avoue m’être égaré dans les congères plus d’une fois mais l’écriture nous empêche d’abandonner la lecture… Les changements de rythmes entre les « hallucinations », ces pages sur cette avancée de la glace et les scènes plus terre à terre m’ont parfois déstabilisées. Certaines scènes sont sublimes dans les descriptions… mais cela reste un roman très étrange… A votre tour de le découvrir.

Je remercie Libfly et les éditions Cambourakis pour cette découverte littéraire.

Je termine l'opération "la voie des indés 2013" en beauté !

NB : L'auteure aurait choisit son pseudo avec un K comme Kafka... décidément cet auteur semble m'accompagner dans ma vie de lectrice...

indri

Indri

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indés 2013

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