Carole Martinez

Folio, 2013 (1ère édit 2011), 226 p.

 

LU DANS LE CADRE D’UN PARTENARIAT FOLIO

 

Je débute avec cette chronique une collaboration que j’espère longue et fructueuse avec les éditions Folio. Je suis très honorée de la confiance qu’ils m’accordent.

Ce roman, je l’ai lu à sa sortie en 2011 chez Gallimard, mais il m’a tellement impressionné que je n’ai pu le chroniquer et je m’étais promis de le relire avec plus de sérénité. On me l’avait prêté pour 24 h. Maintenant que j’ai mon exemplaire à moi je vais le savourer.

 

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4e de couv :

En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire «oui» : elle veut faire respecter son vœu de s'offrir à Dieu, contre la décision de son père, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante à la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe... Loin de gagner la solitude à laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son père et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte. Carole Martinez donne ici libre cours à la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience à la fois mystique et charnelle, à la lisière du songe. Elle nous emporte dans son univers si singulier, rêveur et cruel, plein d'une sensualité prenante.

 

 

Chronique :

Pour débuter un petit mot sur la couverture. Elle est très à propos, on envie de suivre la jeune fille vers la lumière et les marches qui mènent vers le haut de la tour.

On rentre dans le roman comme dans un compte de fée. Dans le prologue, que je trouve magnifique, on retrouve le château abandonné au milieu d’une forêt qui semble enchantée, mystérieuse. On a vraiment l’impression d’atteindre le château de la belle au bois dormant.  Mais très vite on déchante, ce n’est pas une belle princesse endormie qui attend son prince, c’est une âme en peine qui veut transmettre son histoire. Avec cette histoire nous avons une fois de plus des questions sur la place et ses choix possibles de la femme au Moyen Âge.

Dans le premier chapitre la voix se présente : Esclarmonde, 15 ans en 1187 Damoiselle des Murmures à choisi de se faire emmurer. Grâce à ce roman j’ai découvert cet univers des emmurées.

On est dans un monde de codes sociaux très stricts. Esclarmonde va obtenir ce qu’elle veut car elle va jouer avec l’un de ces codes. Elle va faire son annonce en publique devant l’Archevêque. Mais pour le père c’est un affront public qu’elle lui fait, elle renie son sang, ce qui est terrible pour lui.

Je continue à trouver affreux qu’un des choix donné aux femmes et qui représente une forme de liberté soit celui de se retrouvé murée.

Entre la décision et la mise à exécution du projet deux vont passer en quelques paragraphes. Le temps de la construction avant le temps de la réclusion. Esclarmonde ne va pas faire marche arrière, pourtant elle ne nous ait pas présentée comme une illuminée, c’est juste une jeune fille déterminée et sûre de son choix. Elle ne fléchit pas ni ne renonce à son projet. Elle a un regard réaliste sur ce qu’elle va vivre. Je ne peux m’empêcher de me demander combien de femmes n’ont pas survécues à l’expérience des quatre premiers jours. C’est une décision irréversible. Esclarmonde parle de sa logette comme d’une robe de mariée en pierre.

Il aura fallu qu’elle se retrouve emmurée pour qu’elle ait accès au savoir qui est réservé aux hommes et avoir des relations avec des étrangers aux châteaux. Elle va avoir accès aux pensées les plus intimes, elle qui a été élevée dans la chasteté presque recluse. Elle va avoir une ouverture au monde impensable pour une châtelaine, l’extérieur va venir à elle.

La narratrice va distiller les informations petit à petit. Elle va enchaîner des événements pour garder le lecteur attentif à ce qui lui arrive.

Ce n’est pas l’histoire d’une Sainte.

J’ai trouvé cette histoire d’une grande violence morale, et j’ai été étonnée en discutant avec des ados qui ont voté pour le prix Arago 2012, qui ne l’ont pas ressentie. L’adolescence est une période de la vie ou on encense l’exaltation.

Par un procédé littéraire, Esclarmonde va s’ouvrir encore plus au monde. A travers les visions des mains d’Elzéar et de son père on va voyager jusqu’en Orient.

Son caractère change, Elle va s’aigrir et perdre de vue ce qui l’a faite entrée dans ces murs.

Sa vieille nourrice incarne la sagesse et la dignité. A chacune de ses apparitions, elle donne une grande leçon de vie à Esclarmonde.

Les rôles féminins de ce roman sont très forts.

Carole Martinez a su nous raconter les superstitions du Moyen Age.

Il reste, au moment du récit,  toute une tradition païenne sur ses terres de Franche-Comté : les fées, les fantômes et autres diableries rodent entre forêt et rivières.

Les légendes venues d’Orient avec les croisés et transmises par les ménestrels vont s’ajouter à celles existantes.

 

Citation :

« Le monde en mon temps était poreux, pénétrable au merveilleux. Vous avez coupé les voies, réduit les fables à rien, niant ce qui vous échappait, oubliant la force des vieux récits. Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rare sont ceux qui prenant le temps de tendre l’oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. Mais n’imaginez pas que ce massacre des contes a chassé la peur ! Non, vous tremblez toujours sans même savoir pourquoi. » (p.207)

 

La fin du roman connaît une accélération qui retranscrit la folie qui s’empare des hommes quand la peur de perdre leurs repères est trop forte. On reste pantois. Puis, la dernière page reprend le fil du prologue et nous ramène à notre époque, comme pour nous rassurer.

 

Je suis ravie d’avoir relu plus attentivement ce roman qui mérite toute l’attention du lecteur car il est très riche. Je me suis rendu compte que parfois on a tendance a modifier certains faits.

 

Je remercie folio bleu  pour ce beau voyage dans le temps.

 

challemini100

38/100

 

A bientôt !